J’étais à Londres, deux jours avant le débarquement, quand Churchill m’a convoqué comme un subordonné qu’on informe au dernier moment. On m’a dit : « Dans 48 heures, ton pays va être libéré. Voilà…

J’étais à Londres, deux jours avant le débarquement, quand Churchill m’a convoqué comme un subordonné qu’on informe au dernier moment. On m’a dit : « Dans 48 heures, ton pays va être libéré. Voilà...

Le 6 juin 1944, à l’aube, cent cinquante mille soldats alliés débarquent sur les plages de Normandie. Omaha, Utah, Gold, Juno, Sworders. Des milliers d’hommes meurent dans les premières heures. Et quelque part à Londres, le chef de la France libre apprend la nouvelle.

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Pas par un télégramme officiel, pas par une réunion d’état-major. Il l’apprend parce que Churchill l’a convoqué en urgence, comme un subordonné qu’on informe au dernier moment. Ce que de Gaulle dit de ce moment en privé, l’histoire officielle n’aime pas trop le raconter. behind la gloire du débarquement se cache une bataille politique que vous n’avez probablement jamais vue sous cet angle.

Pour comprendre la colère de De Gaulle, il faut remonter plusieurs années en arrière. Le 18 juin ​​1940, depuis un studio de la BBC à Londres, un général français pratiquement inconnu du grand public lance un appel à la résistance. Il s’appelle Charles de Gaulle. Il a 50 ans.

Il n’a aucun mandat électoral, aucune légitimité institutionnelle reconnue. Il a contre lui le gouvernement légal de son pays, celui du maréchal Pétain qui vient de signer l’armistice avec l’Allemagne nazie et qui le fait condamner à mort par contumace. Il a contre lui la méfiance des Britanniques qui ne savent pas trop quoi faire de cet homme trop grand, trop rigide, trop convaincu de sa propre importance. Et il a contre lui, dès le début, la franche hostilité du président américain Franklin Dicles Roosevelt.

Roosevelt ne supporte pas de Gaulle, c’est un fait documenté, répété, constant pendant toute la guerre. Il le traite d’apprenti dictateur. Il refuse obstinément de reconnaître la France libre comme un gouvernement légitime. Pendant que de Gaulle reconstruit péniblement une armée française depuis l’Afrique, depuis Londres, depuis partout où des Français continuent de se battre, Washington maintient une ambassade officielle auprès du régime de Vichi jusqu’en novembre ​​1942.

Deux ans de guerre, deux ans pendant lesquels les États-Unis traitent officiellement avec les collaborateurs de Hitler plutôt qu’avec de Gaulle. Roosevelt dira même à ses conseillers, en parlant de Paris : « Si l’AV me donne la capitale, je traiterai avec l’Aval. » Ce n’est pas une blague, c’est une politique. Cette hostilité n’est pas une affaire de personnalité, elle est stratégique.

Les Américains ont un plan pour la France libérée, et ce plan ne prévoit pas que de Gaulle gouverne. Dès ​​1941, Washington conçoit ce qu’on appelle l’AMGOT, le gouvernement militaire allié pour les territoires occupés. En clair, une administration américaine chargée de gérer la France après la libération, exactement comme les alliés le feront avec l’Italie vaincue, l’Allemagne vaincue, le Japon vaincu. La France, aux yeux de Washington, ne mérite pas un traitement différent.

Elle a capitulé, elle a collaboré, elle doit être administrée par les vainqueurs. C’est brutal, humiliant, et c’est exactement ce que Roosevelt envisage sérieusement jusqu’à l’été ​​1944. Pour mettre ce plan en œuvre, les Américains préparent même leur propre monnaie. Des billets libellés en franc, imprimés à Washington par le Bureau of Engraving and Printing, le même organisme qui fabrique les dollars.

Les couleurs, le graphisme, la texture du papier, tout ressemble au dollar américain. Ces billets n’indiquent aucune autorité émettrice clairement identifiable. Ils devaient avoir cours forcé en France dès le débarquement. Les soldats américains en auraient drac leur sac.

Les Français auraient payé leurs achats avec de la monnaie imprimée à Washington, garantie par personne, reconnaissant implicitement que l’autorité sur le territoire français appartenait à l’armée américaine. De Gaulle appellera cette monnaie « la fausse monnaie ». Et il n’aura pas tort. C’est dans ce contexte que se déroulent les journées du 3 et du 4 juin ​​1944 à Londres.

De Gaulle arrive d’Alger le 3 juin au soir. Il a traversé la Méditerranée et une partie de l’Atlantique en avion. Depuis des mois, il réclame d’être consulté sur les modalités politiques de la libération. Depuis des mois, ni Londres ni Washington ne lui répondent.

Et là, Churchill le fait venir dans son quartier général de Portsmouth, deux jours avant le débarquement, pour lui annoncer l’imminence de l’opération et négocier dans l’urgence. De Gaulle entre dans une colère noire. Il se retrouve dans la position de quelqu’un à qui on dit : « Dans 48 heures, votre pays va être libéré. Voici ce que vous allez dire à la radio.

Voici comment vous allez vous comporter. Voici les règles que vous allez accepter. » Comme un subordonné, comme quelqu’un qui n’a pas son mot à dire. La rencontre avec Churchill tourne mal.

L’entretien avec Eisenhower l’après-midi du 4 juin tourne encore plus mal. Le général américain présente à de Gaulle le communiqué qu’il prévoit de diffuser aux Français le jour J. Ce texte demande aux Français d’obéir au commandement allié. Il ne mentionne ni de Gaulle ni le gouvernement provisoire de la République française que le CFLN vient pourtant de se proclamer être le 3 juin.

De Gaulle lit ce texte, puis il prend congé de ses interlocuteurs. Dans les couloirs, ses proches notent qu’il est livide. La nuit du 5 au 6 juin, cent soixante-seize mille soldats traversent la Manche sur sept mille navires. Les premiers parachutistes américains sautent dans le Cotentin à minuit.

Les Britanniques et les Canadiens suivent. À 5h30 du matin, le bombardement naval commence. À 6h30, les premières vagues d’assaut touchent les plages normandes, sur Omaha Beach, au-dessous des falaises du Calvados. Les soldats américains de la première division d’infanterie meurent par centaines dans les premières heures.

La mer est rouge. Les obstacles en métal et les mines font des ravages dans les barges. Les Allemands tirent depuis leurs blockaus sans béton. Le prix est énorme.

De Gaulle est à Portsmouth. Il apprend le débarquement comme tout le monde, par les nouvelles. Il sait que d’autres libèrent son pays à sa place. Combien de Français débarquent ce matin-là sur les plages normandes ?

Cent soixante-dix-sept hommes sur cent cinquante mille, engagés sur la plage de Sword, secteur de Colleville-sur-Mer. Cent soixante-dix-sept Français sur une opération censée libérer la France. De Gaulle lui-même minimisera toujours ce chiffre, refusant de reconnaître officiellement leur présence, parce que reconnaître que des Français ont participé au débarquement américano-britannique, c’est valider l’idée que ce débarquement était français. Et pour lui, il ne l’était pas.

Ce matin du 6 juin, il doit pourtant prendre la parole à la BBC. Il a d’abord refusé. Sa position initiale était de ne pas parler après Eisenhower dans la série des discours des chefs alliés. Il avait dit à ses conseillers : « Je paraîtrais avaliser ce qu’Eisenhower aura dit, et je prendrai dans la série un rang qui ne me convient pas.

» Ce refus, transmis à Churchill comme définitif alors qu’il était encore provisoire, rend Churchill fou de rage. Eden, le ministre des affaires étrangères britanniques, joue alors un rôle essentiel. C’est lui qui comprend que l’absence de De Gaulle à ce moment historique serait politiquement catastrophique pour tout le monde et qui manœuvre pour que le discours soit finalement diffusé. De Gaulle accepte, mais à sa façon.

Pas dans la série des chefs alliés. Seul, en dehors du programme prévu, avec son propre texte. À 18h, le 6 juin ​​1944, il prend le micro de la BBC. Et ce qu’il dit ce soir-là n’est pas un discours de reconnaissance envers les alliés.

C’est un acte politique d’une précision chirurgicale. Il commence par saluer le débarquement comme le choc décisif, le choc tant espéré. Mais immédiatement, il retourne la situation. « C’est la bataille de France, dit-il, et c’est la bataille de la France.

» Pas la bataille des Américains, pas la bataille des Britanniques. La bataille de la France. En six mots, il réapproprie l’événement. Il exhorte les Français à combattre, mais à suivre les ordres des chefs français qualifiés par le gouvernement français.

Pas les ordres d’Eisenhower, pas les ordres des alliés. Les ordres français. Derrière la grande oquence du discours, c’est un tit, un bras de fer politique qui l’engage en direct à la radio. Dans les jours qui suivent le 6 juin, de Gaulle doit encore se battre pour simplement poser le pied sur le sol français.

Churchill, méfiant, hésite à lui donner l’autorisation de se rendre en Normandie. Le 9 juin, il écrit à Eden : « Attendons de voir comment cet individu va se conduire. Il n’a pas un sou de manianimité. Il cherche uniquement à se faire passer pour le sauveur de la France.

» Ce n’est que le 14 juin, huit jours après le débarquement, que de Gaulle obtient finalement l’autorisation de traverser la Manche. Il débarque à Colleville-sur-Mer dans le Calvados. Il marche sur une plage que des soldats américains, britanniques et canadiens ont payé de leur vie huit jours plus tôt. Puis il se rend à Bayeux, la première grande ville normande libérée.

Et là, quelque chose se passe qui va changer le rapport de force. Les habitants sortent dans les rues, ils pleurent, ils crient, ils entourent de Gaulle d’une ferveur que personne n’avait anticipé. Les services de renseignement américains et britanniques qui suivent ce voyage rapportent à Churchill et à Roosevelt l’ampleur de l’enthousiasme populaire. Et cette ferveur change tout.

Roosevelt et Churchill comprennent qu’ils ne peuvent pas gouverner la France contre les Français, que l’AMGOT ne passera pas, qu’ils doivent composer avec de Gaulle. Le 27 juin, de Gaulle arrive à Cherbourg, qui vient d’être libéré. Et là, il fait exactement ce qu’il avait annoncé. Il tape du point sur la table.

Il dénonce la fausse monnaie américaine qui circule déjà dans les rues normandes depuis vingt-et-un jours. Il en interdit la circulation. Il installe ses propres commissaires de la République, ses propres préfets, ses propres sous-préfets. Il impose une administration française sur le territoire français.

Le projet d’AMGOT s’effondre. Pas parce que Washington y renonce par générosité. Parce que de Gaulle lui a coupé l’herbe sous le pied en installant des fonctionnaires français avant que les Américains puissent installer les leurs. Le 6 juillet, de Gaulle se rend à Washington.

Roosevelt, qui entre alors en campagne pour sa réélection, l’a invité. De Gaulle accepte, mais avec des mots qui disent tout de sa façon de voir les choses. Il considère qu’il n’a rien à demander au président américain. Il va à Washington non pas pour solliciter une reconnaissance, mais pour l’apprendre.

Il dit aux Américains en arrivant : « America is my friend. » Il traite les États-Unis comme un allié, pas comme un supérieur. Et Roosevelt, pragmatique, comprend que le dossier de Gaulle est réglé. La France libre est le gouvernement de la France.

Il n’y a plus rien à négocier. Ce que de Gaulle dit de tout cela, des années plus tard, dans ses conversations privées avec Alain Peyrefitte, son ministre, est d’une franchise qui tranche avec le langage diplomatique officiel. Il dit que le débarquement du 6 juin a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue. Que les Américains et les Britanniques étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi.

Que leur stratégie n’était pas de libérer la France, mais de détruire les bases de V1 et V2 dans le nord, de prendre en vers la Ruhr, l’arsenal industriel allemand, et de ne pas perdre un jour en chemin. Paris et la France ne les intéressaient pas en tant que tels. Un jugement sévère, et il contient une part de vérité que les commémorations officielles ne disent pas toujours clairement. Il rapporte aussi ce que Churchill a crié lors de leurs échanges les plus tendus, avec toute la force de ses poumons, quelque chose que de Gaulle n’a jamais oublié : « De Gaulle, dites-vous bien que quand j’aurai à choisir entre vous et Roosevelt, je préférerai toujours Roosevelt.

Quand nous aurons à choisir entre les Français et les Américains, nous préférerons toujours les Américains. Quand nous aurons à choisir entre le continent et le Grand Large, nous choisirons toujours le Grand Large. » Ce souvenir-là, de Gaulle dira qu’il est indélébile, et on le comprend. C’est pour tout cela que de Gaulle refusera toujours de commémorer l’anniversaire du débarquement de Normandie.

En juin ​​1964, pour le vingtième anniversaire, il décline les invitations. Eisenhower et Montgomery, qui avaient annoncé leur participation, finissent par ne pas venir non plus. De Gaulle dira à Peyrefitte : « Je veux bien que les choses se passent gracieusement. Les Anglais, les Canadiens, les Américains, les Polonais qui ont donné leur vie sur notre terre méritent d’être honorés dignement.

Mais ma place n’est pas là. » Et il ajoute : « Vous voudriez que j’aille commémorer leur débarquement alors qu’il était le prélude à une seconde occupation du pays ? Non, ne comptez pas sur moi. » Ce refus de commémorer est souvent présenté comme de l’ingratitude, comme une forme d’orgueil démesuré, comme une incapacité à reconnaître ce que la France doit aux soldats alliés tomber sur les plages normandes.

C’est un contresens complet. De Gaulle n’a jamais nié la dette de la France envers les soldats américains, britanniques, canadiens, polonais qui ont saigné sur ces plages. Ce qu’il refuse, c’est de célébrer le projet politique qui accompagnait ce débarquement militaire. Et ce projet, la mise sous tutelle de la France libérée, était réel, documenté, parfaitement assumé par Washington jusqu’à l’été ​​1944.

Ce qui est frappant, c’est la façon dont de Gaulle a finalement gagné. Pas par les armes. Pas par la diplomatie classique, puisque Roosevelt le méprisait. Mais par une stratégie d’une cohérence absolue, menée avec une ténacité qui ne s’est jamais démentie.

Depuis le 18 juin ​​1940, il a imposé des faits sur le terrain. Il a installé des préfets. Il a interdit une monnaie. Il a prononcé des discours qui posaient déjà long.

Il a fait en sorte que chaque acte de son gouvernement crée une réalité que les alliés ne pouvaient plus effacer. Et quand il est entré dans Paris libéré le 25 août ​​1944, c’était le président du gouvernement légitime de la France, pas le représentant d’un mouvement rebelle toléré par Washington. Il y a quelque chose d’instructif dans cette histoire pour qui essaie de comprendre comment les rapports de force fonctionnent vraiment entre nations. Les grandes puissances ne font pas la guerre pour les autres.

Elles la font pour leurs propres intérêts. C’est vrai des Américains en 1944, et c’est vrai de tout le monde à toutes les époques. Ce que de Gaulle a compris, et que personne d’autre ne pouvait faire à sa place, c’est qu’il fallait tenir compte de cette réalité dans chacune de ses décisions, sans jamais se faire d’illusion sur les intentions des uns ou des autres. Il a joué sa propre partie avec ses propres règles, et il a gagné.

Il faut aussi parler de ce que de Gaulle n’a pas dit ce soir du 6 juin ​​1944, et qui est peut-être aussi révélateur que ce qu’il a dit. Il n’a pas remercié les Américains. Il n’a pas remercié les Britanniques. Il n’a pas cité Eisenhower.

Il n’a pas mentionné Roosevelt. Dans un discours de quelques minutes prononcé le soir même du débarquement le plus important de la Seconde Guerre mondiale, le chef de la France libre n’a pas eu un mot pour les pays qui venaient d’envoyer leurs fils mourir sur les plages normandes. Ce silence a été remarqué. Certains l’ont trouvé intolérable.

De Gaulle, lui, aurait répondu que ce n’était pas la reconnaissance qui manquait, mais la place qui revenait à chacun. La France avait la sienne, et il l’occupait. Ce discours du 6 juin contient aussi quelque chose que l’on oublie souvent. De Gaulle y appelle les Français à combattre, à résister, à prendre les armes.

Or, cet appel n’était pas prévu par le commandement allié. Les Américains et les Britanniques avaient assigné à la résistance française un rôle limité et secondaire dans leur plan. Ils voulaient que les résistants agissent progressivement, au fur et à mesure de la progression du front vers l’est, de façon coordonnée avec les armées régulières. Pas un soulèvement général immédiat, qui risquait de provoquer des représailles massives contre les civils.

D’ailleurs, le général Kœnig, commandant des forces françaises libres en Grande-Bretagne, devra corriger le tir dès le 10 juin en appelant à freiner la guérilla généralisée. Les représailles allemandes avaient déjà commencé à tomber sur des villages normands et limousins. Le 10 juin ​​1944, à Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne, la division SS Das Reich massacre six cent quarante-deux habitants, hommes, femmes et enfants. Le village est brûlé.

Ce massacre est en partie une réponse aux actions de la résistance française dans la région et à la décision de la Das Reich de remonter vers le front normand depuis le sud-ouest. Il n’est pas la conséquence directe du discours de De Gaulle, mais il illustre ce que coûte la libération aux civils français, loin des plages et des caméras, dans des villages que personne ne commémorera avec la même solennité qu’Omaha Beach ou Utah Beach. La libération n’a pas eu lieu que sur les côtes normandes. Elle a eu lieu dans toute la France, et elle a coûté cher partout.

De Gaulle connaissait ce prix, il l’avait anticipé depuis le début. Depuis le 18 juin ​​1940, il savait que la route vers la libération de la France passerait par des souffrances immenses, par des choix impossibles, par des morts que personne ne pourrait éviter complètement. Ce n’est pas pour rien qu’il avait prononcé ces mots dans son appel de juin ​​1940 : « La France a perdu une bataille, mais la France n’a pas perdu la guerre. » Cette formule, qui a traversé les décennies, dit quelque chose d’essentiel sur sa façon de voir le temps.

Il pensait long. Quand tout le monde autour de lui calculait en semaine, en bataille, en position sur la carte, de Gaulle calculait en années et en légitimité. Et c’est cette vision longue qui lui a finalement donné raison. Le 25 août ​​1944, quand il entre dans Paris libéré, il tient le discours à l’hôtel de ville qui restera l’un des plus célèbres de son parcours : « Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré.

Libéré par lui-même, libéré par son peuple, avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle. » Il ne mentionne pas Eisenhower. Il ne mentionne pas Roosevelt. Il ne mentionne pas les cent cinquante mille soldats alliés qui ont débarqué le 6 juin.

C’est délibéré. C’est la même logique que le 6 juin. La France reprend possession de son histoire. Elle ne laisse pas écrire par d’autres.

Quant à Roosevelt, il est de mort en avril ​​1945, quelques semaines avant la fin de la guerre en Europe, sans avoir vu la capitulation allemande. Il n’a pas vu de Gaulle gouverner la France. Il n’a pas vu l’AMGOT s’effondrer complètement. Il n’a pas vu le général qu’il traitait d’apprenti dictateur devenir le fondateur de la Cinquième République en 1958 et gouverner la France jusqu’en 1969.

Histoire cruelle. L’homme qui voulait écarter de Gaulle du pouvoir est mort avant de voir à quel point il avait eu tort. Le 6 juin ​​1944, la France n’était pas là pour son propre débarquement. Cent soixante-dix-sept hommes sur cent cinquante mille, c’est le chiffre qui dit tout.

Mais le 25 août ​​1944, la France était là pour sa propre libération. Et c’est la différence que de Gaulle a construite jour après jour depuis le fond de l’exil.