Le 2 octobre 1940, sur les ondes de la BBC à Londres, un homme a pris la parole pour accuser son propre chef militaire devant le monde entier. Pas un ennemi, pas un journaliste, mais un amiral français. Émile Muselier. Ce qu’il a dit ce soir-là a traversé l’Atlantique, franchi les frontières et atteint des oreilles qui n’auraient jamais dû l’entendre.

Il accusait publiquement l’homme qui commandait la flotte française, l’amiral François Darlan, de trahison, de lâcheté et de crime envers la France. Ce qui rend cette histoire troublante, c’est que Muselier et Darlan se connaissaient depuis des décennies. Ils avaient fréquenté la même école navale, servi dans la même marine, porté le même uniforme. Et maintenant, l’un appelait l’autre « l’amiral qui avait capitulé ».
Pour comprendre la portée de ces mots, il faut d’abord comprendre qui était François Darlan et ce qu’il représentait pour la marine française. En 1939, Darlan commandait la quatrième flotte de guerre du monde. Soixante-dix-neuf navires de combat, des milliers de marins, une puissance que peu de pays pouvaient égaler. Il avait bâti cette flotte de ses propres mains, négocié les budgets, choisi les officiers, supervisé les constructions.
La marine française, c’était lui. Et lui, c’était la marine française. Churchill lui-même l’a dit plus tard : Darlan aurait pu être un de Gaulle élevé à la puissance supérieure, s’il avait choisi d’emmener sa flotte continuer le combat aux côtés des Britanniques. Il avait les hommes, les navires, le prestige, l’autorité.
Tout ce qu’il fallait pour faire basculer la guerre. Il a choisi de rester. Le 22 juin 1940, la France signe l’armistice avec l’Allemagne nazie. Le maréchal Pétain prend la tête d’un régime collaborationniste installé à Vichy.
Et Darlan, l’homme qui avait promis à Churchill le 13 juin qu’il ne laisserait jamais la flotte française tomber aux mains des Allemands, accepte un poste dans le gouvernement de Pétain : ministre de la Marine. Puis en février 1941, vice-président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, de l’Intérieur, de la Défense nationale. En quelques mois, il devient l’homme le plus puissant de Vichy après Pétain lui-même. Mais le pire, pour ceux qui regardaient depuis Londres, ce n’était pas seulement qu’il restait.
C’était ce qu’il faisait faire à la flotte. Les soixante-dix-neuf navires intacts, mouillés à Toulon, à Mers el-Kébir, à Dakar, à la Martinique, restaient neutres sous pavillon vichyste, à attendre. Attendre quoi ? Personne ne le savait vraiment.
Le 3 juillet 1940, les Britanniques, qui n’avaient plus confiance dans les promesses, attaquèrent la flotte française à Mers el-Kébir. Treize cents marins français moururent en quelques minutes sous les obus britanniques. Des hommes qui avaient été alliés quelques semaines plus tôt. Darlan resta à Vichy.
La flotte resta à Toulon. C’est dans ce contexte qu’Émile Muselier prit la parole. Muselier n’était pas un inconnu. Né à Marseille le 17 avril 1882, il avait fait ses classes à l’école navale en 1899, la même année que Darlan, dans la même promotion.
Ils s’étaient croisés, connus, peut-être respectés. Mais leurs chemins avaient divergé avant juin 1940. Muselier avait eu une carrière brillante mais agitée, un caractère fort, des inimitiés. En octobre 1939, Darlan l’avait promu vice-amiral, puis s’était empressé, quelques semaines plus tard, de le placer en section de réserve après des incidents qui les avaient opposés.
Puis vint la débâcle. Le 14 juin 1940, les Allemands entrent dans Paris. Muselier se trouve à Marseille. Il ne réfléchit pas longtemps.
Il monte à bord du Sidonia, un charbonnier britannique, comme unique passager français. Le bateau l’emmène à Gibraltar. De là, un hydravion le conduit à Londres. Le 30 juin 1940, douze jours après l’appel du général de Gaulle, Muselier est le premier officier général français à rejoindre la France libre.
Pas un simple soldat. Un amiral. Un officier général qui avait commandé des escadres, connaissait les codes secrets, avait des contacts dans toute la marine française. Sa présence à Londres avait une valeur incalculable.
Et de Gaulle le savait. Le 1er juillet 1940, de Gaulle le nomme commandant des Forces navales françaises libres, les FNFL, et provisoirement commandant des forces aériennes. Ce même soir, dans sa petite chambre du Grosvenor Hotel à Londres, Muselier pense à son père, un Lorrain de naissance, et il invente quelque chose qui va traverser les décennies : la croix de Lorraine, rouge sur fond bleu, en opposition à la croix gammée noire sur fond rouge du Troisième Reich. Le symbole de la résistance française est né dans cette chambre d’hôtel, une nuit de juillet 1940, dans la tête d’un amiral marseillais qui pensait à son père.
Mais Muselier n’est pas venu à Londres pour inventer des symboles. Il est venu pour se battre et pour accuser. Le 2 octobre 1940, à peine trois mois après son arrivée en Angleterre, Muselier prend le micro de la BBC pour une émission mondiale. Ce qu’il va dire n’est pas un discours de propagande habituel.
C’est une mise en accusation personnelle, directe, nominative. Il s’adresse à Darlan. Il commence par rappeler un fait précis. En mai 1940, Darlan lui-même avait créé un tribunal maritime à Cherbourg.
Ce tribunal avait condamné à vingt ans de travaux forcés un officier de marine, le commandant du front de mer de Boulogne, pour avoir ordonné l’abandon de la ville sans avoir utilisé toutes les formes de résistance à sa disposition. Vingt ans pour avoir abandonné sans se battre jusqu’au bout. Et maintenant, continue Muselier sur les ondes, Darlan avait commis exactement le même crime, mais à une échelle infiniment plus grande. Trahissant la parole donnée aux alliés, il avait abandonné la lutte alors que la flotte française était intacte, en matériel comme en hommes.
Les marins voulaient continuer à combattre. Ils ne demandaient que ça. Et le 19 juin 1940, dans un message codé, Darlan lui-même avait ordonné à tous les officiers et marins de continuer le combat avec la plus farouche énergie. Les marins français avaient répondu à cet appel.
Ils avaient quitté leur famille, leurs affaires, les ports menacés par les Allemands. Ils étaient venus en Grande-Bretagne et en Afrique avec une seule espérance dans le cœur : continuer. Et Darlan les avait trahis. Muselier ne mâche pas ses mots.
Il dit que Darlan a commis le crime de trahir la parole donnée aux alliés. Il dit que c’est lui qui est responsable du fait que la flotte française n’ait pas rejoint les alliés. Si Darlan avait dit un seul mot, toutes les colonies françaises se seraient rangées du côté de la liberté. Il déplore que la marine de Darlan se soit consacrée à exécuter les ordres d’Hitler en tirant contre leurs compatriotes gaullistes lors de l’opération de Dakar en septembre 1940.
Il conclut en disant que c’est le plus honteux épisode de l’histoire de notre marine. Darlan passerait à l’histoire, dit Muselier, comme l’amiral qui avait capitulé. Ces mots traversent l’Atlantique. Les journaux les reprennent en Nouvelle-Zélande, en Australie, au Canada.
Des hommes qui avaient servi sous le commandement de Darlan les entendent. Des marins encore hésitants, à Toulon ou à Dakar, les entendent. Et à Vichy, Darlan les entend aussi. La réaction de Vichy ne tarde pas.
Le 23 octobre 1940, le tribunal maritime de Toulon condamne Muselier à mort par contumace, c’est-à-dire en son absence, avec confiscation de ses biens. Et en février 1941, déchéance de la nationalité française. L’homme qui avait inventé la croix de Lorraine n’était plus, aux yeux de Vichy, un citoyen français. Mais ce n’est pas Vichy qui allait frapper Muselier.
C’est son propre camp. Le 2 janvier 1941 à l’aube, Muselier rentre chez lui à Londres. Des inspecteurs de Scotland Yard l’attendent. Il est arrêté avec ses deux secrétaires.
Refusant par fierté qu’on le voie en tenue militaire encadré par des policiers, il se change en civil avant d’être emmené. Il est d’abord incarcéré à la prison de Pentonville, puis transféré à Brixton. L’accusation est stupéfiante. Les services de renseignement britannique affirment avoir des preuves, des lettres, des documents.
Muselier aurait transmis à Vichy les plans secrets de l’opération de Dakar, cette tentative de rallier l’Afrique de l’Ouest française à la France libre qui avait échoué en septembre 1940. Pire encore, il s’apprêtait à livrer à Darlan le sous-marin Surcouf, le plus grand sous-marin du monde à l’époque. Et il aurait travaillé, moyennant argent, à décourager les marins de rejoindre les forces navales françaises libres. L’homme qui avait accusé Darlan de trahison était à son tour accusé de trahison.
De Gaulle est placé devant l’épreuve. Il examine les documents. Il est sceptique. Mais les Britanniques insistent.
Muselier est gardé en prison. Pendant huit jours, l’un des hommes les plus importants de la France libre croupit à Brixton pendant que Churchill et Anthony Eden délibèrent. De Gaulle ne cède pas. Il présente devant Eden une protestation orale et une note écrite, démontant le dossier d’accusation point par point.
Il obtient de rencontrer Muselier à Scotland Yard le 7 janvier. Le 8, il menace ouvertement de rompre ses relations avec le Royaume-Uni si son amiral n’est pas libéré. Ce n’est pas une menace à prendre à la légère. La France libre a besoin des Britanniques pour survivre.
Mais les Britanniques ont aussi besoin de la France libre et de de Gaulle pour leur crédibilité internationale. Le 10 janvier 1941, Muselier est libéré. Avec ses secrétaires. Le gouvernement britannique doit lui présenter des excuses officielles.
Et alors, la vérité éclate. Les documents qui avaient servi à accuser Muselier étaient des faux. Des faux grossiers, fabriqués par un certain Maffre, alias Howard, un homme qui travaillait dans l’entourage de de Gaulle, censé être responsable de sa sécurité. Cet homme avait fabriqué de toutes pièces les preuves contre Muselier, les avait transmises aux Britanniques et avait failli faire condamner l’un des plus hauts officiers de la France libre pour une trahison qu’il n’avait jamais commise.
Maffre fut finalement incarcéré. Mais Muselier était sorti de prison, et la question demeurait : qui avait intérêt à l’éliminer ? Les soupçons se portèrent sur des rivalités internes à la France libre, des jalousies, des luttes de pouvoir dans une organisation encore embryonnaire, des hommes qui se méfiaient du prestige et de l’indépendance de caractère de Muselier. L’histoire n’a jamais totalement tranché.
Ce qui est certain, c’est que Muselier en est sorti blanchi, et qu’il avait encore beaucoup à faire. Dans les mois qui suivent, il redevient le commandant des FNFL. Il participe à des opérations en Méditerranée, il coordonne les convois atlantiques. En décembre 1941, il conduit l’une des opérations les plus audacieuses de la France libre : le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon, les deux petites îles françaises au large de Terre-Neuve, au Canada.
C’est une histoire dans l’histoire. En décembre 1941, Saint-Pierre-et-Miquelon était encore sous administration vichyste. Les Américains, qui venaient d’entrer en guerre après Pearl Harbor le 7 décembre, voulaient que le statu quo soit maintenu. Roosevelt n’avait aucune envie que de Gaulle vienne compliquer les choses en Amérique du Nord.
Mais Muselier, avec l’aval finalement arraché à de Gaulle, appareille le 24 novembre 1941 depuis Greenock en Écosse. Il passe par l’Islande puis Terre-Neuve. Et dans la nuit du 24 décembre 1941, à trois heures du matin, quatre bâtiments français mouillent devant Saint-Pierre : le sous-marin Surcouf, le même que Vichy voulait lui faire livrer, et trois corvettes, l’Alysse, le Mimosa et l’Aconit. À l’aube de Noël, les îles se rallient à la France libre.
Un plébiscite confirme l’adhésion populaire quelques jours plus tard. Roosevelt est furieux. La presse américaine parle d’une prise de possession illégale par de Gaulle. Mais le fait est accompli, et les habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon sont libres.
Muselier rentre à Londres en héros. Mais les tensions internes à la France libre n’ont fait que croître. En septembre 1941, poussé par son entourage et notamment par l’intellectuel André Labarthe, Muselier avait tenté d’imposer à de Gaulle un comité exécutif de la France libre, un organe collégial qui aurait dilué l’autorité du général. De Gaulle avait refusé.
La tentative avait échoué, mais la méfiance était installée. Après Saint-Pierre-et-Miquelon, la rupture s’accélère. Muselier veut conserver le commandement des FNFL après avoir démissionné de son poste de commissaire. De Gaulle refuse.
Sa lettre de démission est acceptée le 4 mars 1942. L’homme qui avait été le premier officier général à rejoindre la France libre, celui qui avait inventé la croix de Lorraine et construit la marine de la Résistance, est mis de côté. Il part pour Alger en 1943, où il tente de travailler sous le général Giraud, le rival de de Gaulle. Dans la confusion ambiante, il apparaît même un temps comme la figure d’un pôle antigaulliste.
Une tentative avortée avant même d’avoir commencé, quand de Gaulle s’impose seul à la tête du Comité français de la Libération nationale. Muselier finit par accepter un poste effacé : chef de la délégation navale à la mission militaire pour les affaires allemandes à partir de septembre 1944. En février 1945, il est mis définitivement à la retraite. L’amiral rouge, comme on l’appelait dans la marine – républicain, socialisant, ami de Mendès France – s’était battu pour la France libre mais n’avait jamais vraiment trouvé sa place dans l’air gaulliste qui s’instaurait.
Il écrira deux livres : Marine et Résistance en 1945, et De Gaulle contre le gaullisme en 1946. Le titre du second résume assez bien ses sentiments. Il mourut à Toulon le 2 septembre 1965. Il est enterré au cimetière Saint-Pierre à Marseille, la ville où tout avait commencé pour lui.
Et Darlan, l’homme que Muselier avait cloué au pilori sur les ondes de la BBC le 2 octobre 1940 ? La suite de son histoire est à la fois plus sombre et plus étrange que tout ce qu’on pourrait imaginer. Après avoir été l’homme le plus puissant de Vichy, Darlan est écarté par les Allemands en avril 1942, remplacé par Pierre Laval, qui leur semblait encore plus complaisant. Mais Darlan conserve son titre de commandant en chef de toutes les forces armées françaises.
Il reste influent, il reste ambigu, et il reste convaincu qu’il joue un double jeu subtil pour préserver quelque chose de la France. En novembre 1942, les alliés débarquent en Afrique du Nord. C’est l’opération Torch. Darlan se trouve à Alger, non pas pour commander la résistance, mais parce qu’il est venu rendre visite à son fils gravement malade de la polio.
Les alliés, et notamment le général Eisenhower, le trouvent là. Et ils font quelque chose qui va scandaliser une bonne partie du monde libre : ils traitent avec Darlan. Ils le reconnaissent comme haut commissaire de France pour l’Afrique du Nord et de l’Ouest. En échange d’un cessez-le-feu des forces françaises, Darlan livre ce qu’il peut.
Les combats s’arrêtent en Algérie et au Maroc. Pour de Gaulle, c’était insupportable. L’homme que la BBC avait dénoncé pendant des mois comme pro-allemand, l’homme qui avait collaboré à fond avec l’occupant, était maintenant reconnu par les Américains comme une autorité légitime en Afrique française. De Gaulle s’empressa de faire savoir via la BBC qu’il n’assumait aucune responsabilité dans ces négociations, que le régime de Vichy ne pouvait pas être ainsi consacré en Afrique du Nord.
Mais les Américains voulaient des résultats militaires, et Darlan donnait ce qu’ils voulaient. Il n’eut pas le temps d’en profiter longtemps. Le 24 décembre 1942, exactement un an jour pour jour après le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon par Muselier, François Darlan est assassiné à Alger. Un jeune homme de vingt ans, Fernand Bonnier de la Chapelle, résistant royaliste, lui tire deux balles dans son bureau du palais d’été.
Darlan meurt quelques heures plus tard. L’assassin est arrêté, jugé, exécuté en deux jours. Une rapidité suspecte qui a alimenté des théories et des controverses pendant des décennies. Qui avait commandité l’assassinat ?
Les gaullistes, les royalistes français, les Britanniques, les Américains qui voulaient se débarrasser d’un allié encombrant devenu inutile ? L’enquête ne fut jamais menée à son terme. Les archives restent partiellement classifiées. Ce qui est certain, c’est que la mort de Darlan arrangeait beaucoup de monde.
Churchill conclut sobrement dans ses mémoires que « l’acte criminel d’un fanatique avait résolu une difficulté que nous aurions eu du mal à résoudre nous-mêmes ». Ce n’est pas précisément un aveu, mais c’est loin d’être un démenti. Alors, pour répondre à la question posée au début de ce récit : est-ce que Darlan a payé pour ce qu’il a fait ? D’une certaine manière, oui.
Deux balles dans un bureau algérois le jour de Noël 1942. Pas un tribunal, pas un procès, pas une condamnation publique, pas une confrontation avec ceux qu’il avait abandonnés. Une mort soudaine dans un couloir de l’histoire où les comptes se règlent rarement de façon nette. Et le discours de Muselier du 2 octobre 1940 reste l’un des actes les plus audacieux de cette période.
Un homme qui choisit de nommer le crime, de mettre un visage dessus, de rendre publique une accusation que d’autres n’osaient formuler qu’en privé. Au moment où la France libre était encore fragile, encore incertaine de sa légitimité, un amiral avait pris le micro et dit : voilà l’homme qui a trahi. Voilà ce qu’il a fait. Et voilà pourquoi nous continuons à nous battre.
Ce que Muselier a fait sur les ondes ce soir-là, c’est plus qu’un discours. C’est un acte politique dans la plus grande tradition du courage civil : dire la vérité à voix haute, en son propre nom, au risque de tout perdre. Il avait déjà tout perdu. Sa carrière, sa nationalité, sa réputation selon Vichy, et presque sa liberté à cause des faux documents.
Il ne lui restait que la vérité. Et il en a fait une arme. L’histoire retiendra de lui surtout la croix de Lorraine, l’emblème qu’il a imaginé seul dans sa chambre d’hôtel londonienne. Mais peut-être que ce qui mérite d’être retenu tout autant, c’est ce que représente sa trajectoire : un homme qui, à l’heure où l’ensemble de l’armée française s’apprêtait à se soumettre, a pris un charbonnier britannique à Marseille et a traversé la Méditerranée pour aller dire non.
Il n’a pas eu une fin glorieuse. Pas de grande réconciliation avec de Gaulle, pas de défilé triomphal sur les Champs-Élysées. Il finit dans un poste effacé, puis à la retraite, puis dans le civil comme ingénieur conseil. Mais il avait fait ce qu’il avait à faire au moment où il fallait le faire.
Et ça, personne ne peut lui enlever. Il y a une ironie cruelle dans le fait que Darlan, l’homme que Muselier avait accusé sur les ondes mondiales d’avoir capitulé et trahi, soit mort d’une balle à Alger le jour même où Muselier fêtait, un an plus tôt, le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon. Comme si l’histoire avait voulu écrire elle-même sa propre conclusion avec une précision que personne n’aurait osé inventer. Deux amiraux, une même école navale, un même uniforme, une même marine, une même France.
Et deux choix radicalement opposés à l’été 1940. L’un est parti sur un charbonnier britannique. L’autre est resté à Vichy.
On connaît la suite.


