Voici l’article de breaking news rédigé en français, selon vos consignes.
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17 novembre 1952, 22h30 — GOC TAP, Tonkin. La colonne française, prise en tenaille depuis plus de sept heures dans le défilé de Chan Mang, est enfin sortie. Le piège du Viêt Minh, monté avec une précision chirurgicale, a failli anéantir l’un des plus grands déploiements du Corps expéditionnaire français en Indochine.
Mais à 17h15, la route a été rouverte. Le prix est terrible.
À 10h15 ce matin, les premiers obus de mortiers lourds se sont abattus sur la queue du Groupement Mobile numéro 1. La route coloniale numéro 2, étroite et encaissée entre deux lignes de hauteurs, est devenue un enfer. Les véhicules, alignés pare-chocs contre pare-chocs, sans dégagement latéral, ont été immédiatement pris pour cible.
En quelques minutes, la colonne de 30 000 hommes, qui rentrait de l’opération Laoren, a été coupée en deux.
Le 36e Régiment de la 308e Division du Viêt Minh a laissé passer la tête du convoi sans tirer un coup de feu. Il a attendu que le centre soit entièrement engagé dans la gorge. Puis, il a refermé le piège.
Les half-tracks brûlent sur la chaussée, bloquant tout passage. Les équipages sautent des véhicules et se plaquent contre le talus, seuls abris relatifs. Les armes automatiques, installées sur les crêtes, prennent la route en enfilade.
Le feu vient d’en haut, imparable.
Le colonel de Kergaravat, commandant le Groupement Mobile numéro 4, a déjà atteint le hameau de Taibin avec la tête de la colonne. Mais entre lui et l’arrière-garde, s’étirent près de deux kilomètres de route sous le feu. Les mortiers ennemis, installés en terrasses sous le couvert des arbres, tirent à cadence réglée.
L’artillerie française, dans la plaine, ne voit pas ses objectifs. L’aviation n’est pas encore sur zone. Les blindés, coincés sur la chaussée, ne peuvent pas monter à l’assaut des pentes.
La situation est désespérée. L’arrière-garde, commandée par le colonel de Boisedon, est clouée au sol. Sa mission est de couvrir le décrochage, de ne rien laisser derrière elle.
Mais elle est prise au piège, sans possibilité de manœuvre. Les chars légers Chaffee et les half-tracks tirent dans les pentes boisées, sans distinguer une seule position. Leurs canons ne s’élèvent pas assez pour atteindre les terrasses supérieures.
Pendant six heures, la colonne encaisse les coups. Le bruit est assourdissant : les départs des mortiers en surplomb, les arrivées sur la chaussée, les moteurs des véhicules abandonnés qui tournent encore, le crépitement de ceux qui brûlent. Les liaisons radio passent mal dans le creux du défilé.
Chaque homme sait que la nuit tombera vite et que, dans l’obscurité, le défilé appartiendra entièrement à l’ennemi.
À 14h, la décision est prise sur place. Elle est radicale. Il ne s’agit plus de combattre depuis la route.
Il faut monter. Directement sur les hauteurs. À pied.
Sous le feu. C’est la manœuvre la plus exposée qu’un fantassin puisse recevoir. Et c’est la seule qui traite la cause au lieu des effets.
Les unités disponibles pour cet effort sont comptées. Le Bataillon de Marche Indochinois, une unité mixte de Cambodgiens et de Vietnamiens servant dans les rangs français, fournit le gros de la troupe. Avec eux, une compagnie et demie de légionnaires du 2e Bataillon du 2e Régiment Étranger d’Infanterie.
Au total, moins de 500 hommes. En face, sur les hauteurs, le 36e Régiment ennemi compte trois fois ce chiffre. Personne ne discute le rapport de force.
Il n’y a pas d’autre troupe disponible.
À 15h30, l’assaut est lancé. Les hommes montent en ligne largement écartés dans le bambou et sous les arbres. L’artillerie française doit cesser le tir dès que la vague entre dans la zone battue.
Les premières dizaines de mètres se font sans appui. La pente est raide. Elle se prend en cédant des mains sur les racines.
Au-dessus, les servants ennemis basculent leurs tubes pour tirer plus court. Les armes automatiques descendent leur pointage.
La progression se fait par bonds, terrasse par terrasse. Chaque replat de la pente est un emplacement de tir à réduire avant de passer au suivant. Et chaque emplacement réduit en découvre un autre, dix ou quinze mètres plus haut.
Le combat devient une affaire de 20 ou 30 mètres à vue. L’appui d’artillerie et l’aviation ne servent plus à rien. Les deux camps sont mélangés sur la même pente.
En bas, sur la route, les hommes de l’arrière-garde entendent le combat monter sans pouvoir le suivre des yeux. Ils écoutent les rafales, les explosions, les cris. Puis, à 16h30, un son traverse le fracas.
Un clairon. Le signal est connu de toute l’armée française. Il ne veut dire qu’une chose : la charge à la baïonnette.
Les légionnaires et les soldats du Bataillon Indochinois mettent la baïonnette au canon. Ils enlèvent les dernières terrasses d’une seule poussée. Le combat se règle position par position, à l’arme blanche et à la grenade, sur les emplacements de tir eux-mêmes.
Les pièces qui battent la route depuis 10h15 sont prises sur place, dans leurs trous, avec leurs caisses de munitions ouvertes à côté d’elles.
Le tir de mortier sur la chaussée s’arrête, emplacement après emplacement, à mesure que la ligne progresse vers le haut. Sur la crête, les positions ennemies sont creusées et couvertes, aménagées depuis plusieurs jours. Les munitions sont stockées à proximité immédiate des tubes.
Cela explique la cadence tenue pendant six heures sans interruption. Depuis ces terrasses, la route en contrebas se voyait sur toute sa longueur. Chaque véhicule à découvert, chaque mouvement d’homme sur le bas-côté.
C’est ce qui explique la précision du tir du matin.
À 17h, le 36e Régiment décroche. Il abandonne les hauteurs et se retire vers l’intérieur, emportant ce qu’il peut, laissant le reste sur les emplacements. Le tir sur la chaussée cesse.
En bas, dans le défilé, les équipages remontent dans les véhicules qui roulent encore. Ils poussent sur le bas-côté ceux qui ne roulent plus pour dégager le passage. Le génie ouvre la file à la barre à mine et au câble de traction.
À 17h15, la queue de la colonne franchit la sortie sud et rejoint Taibin. Sept heures se sont écoulées depuis la première salve. Mais l’affaire n’est pas terminée.
Des éléments du 36e Régiment reviennent au contact plus au sud, tirant sur les blindés de l’arrière-garde en mouvement. L’accrochage est court. Les Chaffee de l’escorte répondent.
La colonne continue sans marquer l’arrêt.
La nuit tombe tôt en novembre au Tonkin. Le reste du trajet se fait dans le noir, sur une chaussée défoncée par les tirs de la journée. Les équipes du génie travaillent en tête pour maintenir la file en mouvement.
À 22h30, l’ensemble du dispositif est rassemblé à Goc Tap. Les groupements mobiles se comptent unité par unité, véhicule par véhicule. La colonne est entière.
Aucun élément n’a été abandonné dans le défilé. Aucun tronçon n’a été laissé sur place pour permettre au reste de passer. C’est le point qui compte dans cette journée.
Le prix de la journée est établi le soir même. 125 hommes sont tombés dans le défilé. 125 ont été blessés.
133 sont portés disparus. Ce chiffre restera tel quel dans les états. Personne n’a pu établir ce qu’ils sont devenus après la coupure de la colonne.
12 véhicules ont été perdus, dont un char et six half-tracks. Les pertes du 36e Régiment ne sont pas connues. Aucun chiffre fiable n’a jamais été produit pour ce combat.
Le point technique retenu par ceux qui ont analysé l’affaire tient en une phrase : toutes les pièces du Viêt Minh détruites ce jour-là dans le défilé ont été prises par l’infanterie au contact sur leurs emplacements. Ni les chasseurs bombardiers, ni le tir de contre-batterie n’en ont réduit une seule. Contre des positions enterrées sous couvert végétal en terrain vertical, il n’existait pas d’autre solution que d’envoyer des hommes les chercher à pied et de les faire monter sous le feu.
Le rapport de force sur la pente était d’un contre trois en faveur de celui qui tenait le haut. Il a été renversé en une heure.
Un point de cette journée mérite d’être posé clairement. La contre-attaque qui a rouvert la route a été montée par deux unités. Le Bataillon de Marche Indochinois, monté au centre du dispositif avec ses Cambodgiens et ses Vietnamiens, a fait la plus grosse part du travail sur la pente.
Les légionnaires du 2e Régiment Étranger d’Infanterie tenaient la droite. Les tirailleurs algériens du 7e Régiment avaient ouvert le barrage le matin. Ces trois unités ont servi dans la même journée, sur le même kilomètre de route.
Le résultat leur appartient en commun.
L’opération Laoren se termine à la fin du mois de novembre. Le bilan d’ensemble est celui d’un demi-succès. Les bases arrières autour de Fou Doan et de Fou Hoan ont été atteintes.
Une partie des stocks a été détruite. Mais le général Giap n’a rappelé aucune division du pays thaï. La pression sur la haute région n’a pas diminué d’une seule journée.
Sur l’ensemble de l’opération, le Corps expéditionnaire compte environ 1200 hommes tombés, blessés ou disparus. C’est l’opération la plus lourde de toute la guerre d’Indochine. Montée avec les plus gros moyens jamais réunis sur ce théâtre, elle n’a pas obtenu la bataille qu’elle cherchait.
Une conclusion pratique sort de ces semaines. Une colonne motorisée qui remonte une route unique en pays couvert reste à la merci du terrain, quel que soit son volume. 30 000 hommes n’y changent rien.
L’État-major français en tire l’idée de la base aéroterrestre : un point tenu au sol, ravitaillé par air, indépendant des routes et des convois. Elle sera appliquée à Nasan dans les semaines qui suivent. Puis, un an plus tard, à Diên Biên Phu.
Mais ce que Chan Mang a montré était plus étroit et plus immédiat. Sur une pente tenue, la question se règle par des hommes qui montent. Sur la route de Chan Mang, le lendemain matin, il n’y avait plus rien à faire.
Les carcasses des half-tracks poussées sur le bas-côté avaient refroidi pendant la nuit. Le barrage ouvert à 8h50 était toujours en travers du fossé, troncs et terre, à l’endroit où les tirailleurs l’avaient jeté. Sur les pentes est, les emplacements en terrasse étaient vides, avec les caisses et les douilles restées sur place.
Le défilé était silencieux. Et la route coloniale numéro 2 passait au fond, praticable.


