Les Britanniques Ont Fui Dunkerque — 40 000 Français Sont Restés Mourir Pour Eux

Les Britanniques Ont Fui Dunkerque — 40 000 Français Sont Restés Mourir Pour Eux

Le 4 juin 1940, à 3h40 du matin, le dernier destroyer britannique, le HMS Chikari, largue les amarres du port de Dunkerque. À son bord, le major général Harold Alexander, commandant de l’arrière-garde britannique, scrute les plages et déclare quelques heures plus tard que personne n’a été laissé derrière. Personne.

Mais sur la plage de Malo-les-Bains, dans la lumière grise de l’aube, 40 000 soldats français regardent les derniers bateaux disparaître à l’horizon. Certains sont debout depuis des jours, d’autres sont blessés. Tous ont faim, tous ont soif, et tous comprennent ce qui se passe : ils n’ont pas été oubliés, ils ont été sacrifiés.

Pendant neuf jours, ces hommes se sont battus pour protéger l’évacuation britannique. Maintenant, les Allemands arrivent et il n’y a plus de bateau. Cette histoire n’est pas celle d’une évacuation, c’est celle d’une trahison transformée en légende.

Comment 40 000 Français sont-ils restés mourir pour sauver une armée qui les avait abandonnés ? Pour comprendre, il faut remonter au 20 mai 1940, quand les chars de Guderian atteignent la Manche. En dix jours, la Wehrmacht a coupé les armées alliées en deux.

Un million de soldats français, britanniques et belges sont pris au piège dans le nord de la France.

Le 26 mai, l’Amirauté britannique lance l’opération Dynamo. Objectif : évacuer le corps expéditionnaire britannique vers l’Angleterre. Pas les Français, pas les Belges.

L’ordre est donné sans concertation avec les autorités françaises. Le général Weygand, commandant en chef français, l’apprend par hasard.

Le plan de contre-attaque qu’il préparait pour briser l’encerclement devient impossible. Les Britanniques ont choisi de fuir. La propagande allemande ne tarde pas à réagir : « Les Anglais se battront jusqu’au dernier Français.

»

Churchill comprend le danger. Le 31 mai, il vient à Paris et donne un ordre : les évacuations doivent se faire à égalité entre Français et Britanniques. Les Britanniques formeront l’arrière-garde.

C’est un mensonge.

Dans les faits, la priorité reste aux soldats de Sa Majesté. Les Français sont systématiquement refoulés des jetées. Les officiers britanniques leur barrent l’accès aux bateaux.

Des sentinelles armées gardent les passerelles. Imaginez la scène : vous êtes un soldat français, affamé, épuisé, couvert de poussière et de sang. Devant vous, un bateau, le salut, la vie.

Mais un officier britannique vous barre le passage : « Pas vous. Britannique d’abord. »

Certains soldats français tentent de nager vers les navires. Ils sont repoussés à coups de rame. D’autres essaient de se glisser dans les files d’attente.

Ils sont repérés et chassés. Robert Merle, écrivain et soldat français présent sur les plages, décrira plus tard cette scène : « C’était atroce. Il y avait quelque chose d’absurde parce qu’en même temps, il faisait très beau.

Le soleil brille sur la Manche. La mer est d’un calme parfait. L’air sent le sel et la poudre.

Et les Français regardent les bateaux partir sans eux, un par un, heure après heure. »

Pendant ce temps, à Lille, un autre drame se joue. Le général Jean-Baptiste Molinier commande 40 000 hommes encerclés dans la ville : six divisions françaises, dont trois nord-africaines. Des Marocains, des Algériens, des Tunisiens.

Des soldats que l’Allemagne nazie considère comme des sous-hommes.

Molinier sait qu’il ne sera pas évacué. Ces hommes sont trop loin de la côte. Les Allemands sont partout.

Aucun espoir de s’échapper. Alors pourquoi se battre ? Pourquoi ne pas simplement se rendre et épargner des vies ?

Parce que chaque heure comptait. Chaque heure où les Allemands étaient occupés à Lille, c’était une heure de moins pour attaquer Dunkerque.

Molinier décide de transformer sa défaite en arme. Il va forcer les Allemands à payer le prix fort pour chaque mètre de terrain. Du 25 au 31 mai, les défenseurs de Lille affrontent sept divisions allemandes : 110 000 soldats de la Wehrmacht contre 40 000 Français.

Trois divisions blindées, quatre divisions d’infanterie. Des chars, de l’artillerie lourde, des bombardiers.

Face à eux, des hommes fatigués, sous-équipés, à court de munitions, mais déterminés. Les combats sont d’une violence inouïe. Rue par rue, maison par maison, étage par étage, pièce par pièce.

Les soldats français transforment chaque immeuble en forteresse. Ils se terrent dans les caves, ils tirent depuis les fenêtres. Quand les Allemands prennent une maison, ils passent à la suivante.

La Luftwaffe pilonne la ville. L’artillerie allemande écrase les positions françaises, mais les défenseurs tiennent. Le 28 mai, lors d’une contre-attaque audacieuse, les Français capturent le général allemand Kühne, commandant de la 253e division d’infanterie.

Dans son sac, ils trouvent les plans d’attaque allemands complets : un trésor d’information.

Au milieu du chaos, un jeune capitaine nommé Philippe de Hauteclocque demande l’autorisation de tenter une sortie. Il veut traverser les lignes allemandes et rejoindre les forces françaises au sud. Une mission suicide.

Molinier accepte. Dans la nuit, Hauteclocque se glisse à travers les positions ennemies. Il rampe dans les fossés, évite les patrouilles.

À l’aube, il a réussi. Il rejoint le canal Crozat et les lignes françaises. Cinq ans plus tard, sous le nom de général Leclerc, il entrera dans Paris à la tête de la 2e division blindée.

Mais pour les autres, il n’y a pas d’échappatoire. Le 31 mai, les munitions sont épuisées. Les canons sont vides.

Les fusils ne servent plus à rien. Les hommes n’ont plus rien à manger depuis des jours. L’eau potable est rationnée.

Molinier sait que c’est fini, mais il refuse de se rendre comme un vaincu. Il négocie.

Et c’est là que se produit quelque chose d’extraordinaire, quelque chose qui ne s’était pas vu depuis la Grande Guerre. Le général allemand Waeger, commandant du 27e corps d’armée, est impressionné. Six jours de résistance acharnée, des pertes allemandes considérables.

Une division française qui a osé capturer un général allemand en pleine bataille. Waeger accorde aux défenseurs de Lille les honneurs de la guerre.

Le 1er juin 1940, sur la grande place de Lille, les soldats français défilent en armes devant l’armée allemande au garde-à-vous. Trois compagnies : des tirailleurs marocains, des zouaves, des soldats métropolitains. Ils marchent la tête haute, le fusil sur l’épaule, sans munition mais en armes.

Devant eux, le général Waeger et son état-major saluent. Une compagnie d’honneur allemande présente les armes.

C’est la première fois depuis la reddition du fort de Vaux à Verdun en 1916 que des Allemands rendent un tel hommage à un ennemi. Le général von Reichenau, commandant en chef de la 6e armée allemande, fait transmettre un message au général Molinier : il rend hommage à la résistance héroïque des Français à Lille. Hitler est furieux.

On raconte qu’il a limogé Waeger sur-le-champ pour avoir osé saluer des Français, des vaincus, des sous-hommes selon l’idéologie nazie. Mais ce jour-là, sur la grande place de Lille, ce sont les vaincus qui marchaient la tête haute et les vainqueurs qui les saluaient.

Pourquoi ce sacrifice ? Pourquoi Molinier et ses hommes se sont-ils battus jusqu’au bout alors qu’ils savaient qu’ils allaient perdre ? La réponse est simple : chaque heure qu’ils tenaient à Lille, c’était une heure de moins pour les Allemands à Dunkerque.

Winston Churchill lui-même le reconnaîtra dans ses mémoires : « Ces Français, sous le valeureux commandement du général Molinier, avaient durant quatre jours critiques contenu pas moins de sept divisions allemandes qui autrement auraient pu prendre part aux attaques sur le périmètre de Dunkerque. Ces troupes apportèrent ainsi une splendide contribution au salut de leurs camarades plus favorisés et du corps expéditionnaire britannique. »

Notez les mots : « leurs camarades plus favorisés ». Plus favorisés parce qu’ils ont eu le droit de partir. Plus favorisés parce qu’ils ont été choisis pour vivre.

Pendant que Lille brûlait, d’autres Français mouraient pour protéger le périmètre de Dunkerque. La 12e division d’infanterie motorisée du général Janssen tenait le front est entre Bray-Dunes et Houthem. La 68e division d’infanterie du général Beaufre défendait le sud.

La 32e division formait ce qu’on appellera plus tard le dernier carré de Dunkerque. Le secteur fortifié des Flandres complétait le dispositif. Des noms qu’on a oubliés, des hommes qu’on a effacés de l’histoire.

Le rapport de force est délirant : un contre dix dans certains secteurs, un contre trente. Les Français n’ont presque plus de munitions. Leurs canons sont usés jusqu’à la corde.

Leurs chars ont été abandonnés faute de carburant. Mais ils tiennent heure après heure, jour après jour.

Le 2 juin, le général Janssen installe son poste de commandement au fort des Dunes à Leffrinckoucke. C’est un vieux fort du système Séré de Rivières, construit après la défaite de 1870. Ses murs épais semblent offrir une protection contre les bombardements.

C’est une erreur fatale. Les Allemands ont repéré le mouvement. Un radiogramme intercepté a peut-être trahi la position.

Un Stuka se détache d’une formation de vingt bombardiers et pique sur le fort. Le hurlement des sirènes de Stuka, ce son que tous les soldats de 1940 connaissent, ce son qui glace le sang. Six bombes explosent à l’intérieur de l’enceinte, certaines à retardement.

Les véhicules brûlent dans les cours. Le corps de garde s’effondre. L’escalier extérieur est pulvérisé.

Dans la cour centrale, le général Janssen est touché. Il avait 56 ans. Quatre citations de la Grande Guerre, une carrière entière au service de la France.

Il meurt à son poste de commandement, face à l’ennemi. Avec lui meurent plusieurs de ses officiers d’état-major. Des hommes qui auraient pu s’embarquer, des hommes qui avaient choisi de rester.

Le lendemain, un nouveau bombardement fait une centaine de morts supplémentaires parmi les défenseurs du fort. Mais la 12e DIM ne se rend pas. Sans son général, sans espoir, jusqu’au bout.

À Téteghem, aux portes de Dunkerque, la 32e division livre ses derniers combats. Le 3e bataillon du 122e régiment d’infanterie, sous le commandement du capitaine Arbola, reçoit l’ordre de contre-attaquer. Une mission impossible.

Les hommes sont à bout de force. Ils n’ont plus de vivres. Leurs munitions s’épuisent.

Et on leur demande d’attaquer.

Ils le font. Dans un élan désespéré, ils enlèvent deux objectifs successifs. Puis ils se font hacher par les mitrailleuses allemandes.

Ils reculent pied à pied, disputant chaque mètre de terrain jusqu’à l’épuisement de leur dernière cartouche. Cette unité sera citée à l’ordre de l’armée en 1944 pour son sacrifice, quatre ans après les faits, quand tout le monde avait oublié.

Le lieutenant Sigogne, commandant l’escadron moto de la 32e, raconte cette journée du 2 juin : « Le terrain découvert et inondé ne permet pas de se terrer. Les pertes sont sévères, tués et blessés en grand nombre. Aucune liaison n’est possible avec les unités voisines qui n’ont pas suivi.

Le hameau de Notre-Dame des Neiges est en feu. Les points tenus sont hachés impitoyablement. Nous tenons toujours.

Malgré l’arrivée de nombreux renforts ennemis. Nous tenons toujours. »

Même quand tout s’effondre, même quand les renforts allemands arrivent par vagues : « Nous tenons toujours. » C’est peut-être la phrase qui résume le mieux le sacrifice français à Dunkerque.

Henry Boulot, simple soldat de cette division, racontera plus tard cette dernière nuit : « Notre groupe de la 12e DIM reste soudé jusqu’à la jetée déjà envahie où nous avançons seulement de quelques dizaines de mètres. Il est tard, trop tard. Le jour se lève.

Il n’y a plus de bateau, plus d’espoir. Je suis très triste, c’est affreux. Les visages de tous mes compagnons d’alors, quel que soit leur grade, faisaient ressortir le même sentiment d’impuissance et d’abandon.

Je me souviendrai toujours de ce vide immense ressenti à cet instant. Qu’il y ait pire désarroi, je ne le pense pas. »

Ce vide immense. Ces mots résument tout.

À 3h40 du matin, le dernier destroyer britannique, le HMS Chikari, quitte Dunkerque. À son bord, le major général Alexander, l’homme qui inspectera les plages et déclarera que personne n’a été laissé derrière. Quelques heures plus tard, 40 000 soldats français sont faits prisonniers sur les plages.

Certains n’ont même pas eu le temps de voir la mer. Ils étaient encore en train de se battre à l’intérieur des terres quand les bateaux sont partis.

Le bilan de l’opération Dynamo est présenté comme un miracle : 338 000 hommes évacués, dont 123 000 Français. Mais ce qu’on dit moins, c’est que la quasi-totalité des 35 000 à 40 000 soldats faits prisonniers à la fin de l’opération sont français. Ce sont les hommes de l’arrière-garde, ceux qui ont tenu les lignes pour que les autres puissent fuir.

Le New York Times publie un article célèbre après Dunkerque : « Tant que l’on parlera anglais, le nom de Dunkerque sera prononcé avec le plus grand respect. » Il ne mentionne pas une seule fois les Français.

Le général Guderian, commandant du corps blindé allemand, livre peut-être le meilleur hommage aux défenseurs de Dunkerque : « Il nous a fallu une demi-journée pour franchir la Meuse à Sedan, huit jours pour aller de la Meuse à la mer. Mais il nous a fallu six jours pour conquérir les quelques kilomètres qui nous séparaient de Dunkerque. »

Six jours pour quelques kilomètres contre des hommes qui n’avaient plus rien à espérer.

Que sont devenus les prisonniers français de Dunkerque ? La plupart ont été forcés de marcher jusqu’en Allemagne : vingt jours de route à pied, sans nourriture suffisante, sans eau. Le lieutenant Landas, fait prisonnier le 4 juin, note dans son journal que depuis ce jour, les prisonniers n’ont rien eu à manger par les gardiens allemands.

Le 15 juin, ils dorment dans la citadelle de Cambrai où ils reçoivent une demi-litre d’eau, une tartine et un peu de fromage. Onze jours sans vraie nourriture.

Les témoignages parlent de traitements brutaux, de coups, de faim, de soif. Des soldats allemands renversaient les seaux d’eau que les civils français laissaient au bord des routes pour les prisonniers, par cruauté pure. Le 27 juin, les premiers convois arrivent à Aix-la-Chapelle.

De là, les prisonniers sont répartis dans les camps de toute l’Allemagne. Les caporaux et les soldats seront forcés de travailler pour l’industrie et l’agriculture allemandes pendant cinq ans.

Mais le pire était réservé aux soldats des colonies. À Aouste-sur-Sye, près de Lille, les Allemands ont massacré des prisonniers nord-africains après la bataille. Des Marocains, des Algériens, des Sénégalais, des hommes qui s’étaient battus jusqu’à l’épuisement de leurs munitions.

Des soldats de l’Empire français qui avaient donné leur vie pour la métropole.

Un sergent marocain, le sergent Energis, témoignera après la guerre : « J’ai vu des Allemands fusiller sur place les Sénégalais. Beaucoup de mes camarades marocains l’ont été aussi. » Le 2e régiment de tirailleurs marocains avait pourtant été cité à l’ordre de l’armée : « Les 29, 30 et 31 mai 1940, par le sacrifice de ses derniers éléments, il arrêta par des combats de rue à Loos-lès-Lille la progression allemande jusqu’à ce qu’il fût réduit à quelques officiers et une poignée de tirailleurs privés de munitions.

»

Ces hommes n’ont jamais eu droit aux honneurs de la guerre. Pour les nazis, ils n’étaient pas des soldats, ils étaient des sous-hommes.

Pour les Français évacués en Angleterre, le répit fut de courte durée. La plupart ont été immédiatement renvoyés en France, à Brest ou à Cherbourg, pour reprendre le combat. Trois semaines plus tard, l’armistice était signé.

Ces soldats, sauvés de Dunkerque, sont devenus prisonniers quelques jours après leur retour. Pour eux, l’évacuation n’était pas un salut, c’était un sursis.

Le film de Christopher Nolan sorti en 2017 a rendu célèbre l’histoire de Dunkerque. Budget de 200 millions de dollars, succès mondial. Des images magnifiques, des plages, des petits bateaux, de l’héroïsme britannique.

Mais les Français y sont presque absents. On voit bien quelques silhouettes dans les arrière-plans, des soldats anonymes qui tiennent des barricades. Mais pas un nom, pas une histoire, pas un visage.

Un seul personnage français a un rôle à l’écran : Gibson, un soldat qui vole un uniforme britannique pour avoir une chance de s’échapper. Quand il est découvert, ses camarades anglais le regardent avec mépris, comme un lâche, comme un voleur. Et à la fin, ils essaient de le sacrifier pour se sauver eux-mêmes.

C’est le seul Français du film : un menteur, un pleutre, un homme prêt à trahir ses alliés pour sauver sa peau.

Cette représentation est une insulte à la mémoire des 40 000 hommes qui sont restés mourir sur les plages.

Dominique Lormier, historien spécialiste de cette période et auteur de « La Bataille de Dunkerque », a rappelé la réalité : « 40 000 Français ont mené une résistance acharnée contre 160 000 Allemands pour protéger le périmètre et permettre aux Britanniques d’évacuer. Ils se sont sacrifiés. » Ils se sont sacrifiés, c’est le mot juste.

Un sacrifice, pas un abandon, pas une défaite, pas une fuite déguisée en uniforme anglais. Un choix délibéré de mourir pour que d’autres vivent.

Ces hommes savaient ce qu’ils faisaient. Ils voyaient les bateaux partir. Ils entendaient les ordres qui leur demandaient de tenir encore une heure, encore une nuit.

Ils savaient qu’il n’y aurait pas de bateau pour eux. Ils se sont battus quand même.

Pourquoi le sacrifice français de Dunkerque a-t-il été oublié ? La réponse est politique. Pour les Britanniques, Dunkerque est un mythe fondateur : l’esprit de Dunkerque, la nation unie face à l’adversité, les petits bateaux venus sauver les soldats.

Ce récit n’a pas de place pour les Français.

Pour la France, Dunkerque est une blessure, le symbole de l’effondrement de 1940. Un échec qu’il valait mieux ne pas trop examiner. Après la guerre, les relations franco-britanniques étaient trop importantes pour remuer ces vieux griefs.

On a préféré oublier.

Mais les faits restent. Le 31 mai 1940, Churchill a promis que l’évacuation se ferait à égalité. Elle ne l’a pas été.

Le 4 juin 1940, le major général Alexander a déclaré que personne n’avait été laissé derrière. C’était faux. Le New York Times a célébré Dunkerque comme une victoire anglaise.

Les Français n’ont même pas été mentionnés.

Et pendant ce temps, 40 000 hommes partaient en captivité parce qu’ils avaient accepté de mourir pour que d’autres vivent.

Aujourd’hui, au fort des Dunes, près de Dunkerque, une nécropole abrite des tombes. Parmi elles, celle du général Janssen. À Lille, une plaque commémore le défilé du 1er juin 1940, ce jour où des soldats français vaincus ont marché la tête haute devant leurs vainqueurs.

Ces monuments sont discrets, ils ne font pas la une des journaux. Ils ne sont pas dans les films hollywoodiens. Mais ils sont là.

Et ils racontent une histoire que personne ne veut entendre. L’histoire de soldats qui ont choisi le sacrifice plutôt que la fuite, qui ont tenu leur position alors que tout était perdu, qui ont donné leur vie pour des alliés qui les abandonnaient. L’histoire du général Molinier et de ses 40 000 hommes à Lille qui ont retenu sept divisions allemandes pendant quatre jours.

L’histoire du général Janssen, mort dans son fort sous les bombes des Stuka à 56 ans, face à l’ennemi. L’histoire du capitaine Arbola et du 3e bataillon du 122e régiment d’infanterie qui ont contre-attaqué sans espoir à Téteghem. L’histoire des tirailleurs marocains de Lille qui se sont battus jusqu’à leur dernière cartouche avant d’être massacrés.

L’histoire d’Henry Boulot et de ses camarades de la 12e DIM qui ont regardé les derniers bateaux partir sans eux.

On parle souvent du miracle de Dunkerque. Mais il n’y a pas eu de miracle. Il y a eu des hommes, des hommes ordinaires qui ont fait un choix extraordinaire.

Des hommes qui savaient qu’ils allaient mourir ou passer cinq ans dans les camps allemands. Des hommes qui auraient pu fuir, se cacher, abandonner leur position. Ils ont choisi de se battre.

40 000 Français qui se sont battus jusqu’au bout. 40 000 hommes qui ont regardé les bateaux partir sans eux. 40 000 soldats qui sont restés mourir pour que d’autres vivent.

Ce n’est pas un miracle, c’est un sacrifice.

Et ce sacrifice mérite d’être raconté. Il mérite d’être connu. Il mérite que chaque Français sache ce qui s’est vraiment passé sur ces plages du Nord en juin 1940.

Parce que ces hommes ne sont pas morts pour rien. Ils sont morts pour que 338 000 soldats puissent s’échapper, pour que l’Angleterre puisse continuer la guerre, pour que quatre ans plus tard, d’autres soldats reviennent libérer la France. Leur sacrifice a sauvé l’Europe.

Il est temps que le monde s’en souvienne.