Ce jour-là, la France n’avait pas de siège à Berlin. Personne ne l’avait invitée à signer la capitulation nazie. Personne sauf un homme qui a refusé d’accepter l’humiliation. Il ne portait pas…

Ce jour-là, la France n’avait pas de siège à Berlin. Personne ne l’avait invitée à signer la capitulation nazie. Personne sauf un homme qui a refusé d’accepter l’humiliation. Il ne portait pas...

Le 8 mai 1945, dans une salle de Berlin, quatre drapeaux ornaient les murs. Celui des États-Unis, celui du Royaume-Uni, celui de l’Union soviétique… et un quatrième, tricolore, qui n’existait pas encore trois heures plus tôt. La France n’avait pas été invitée à signer la capitulation de l’Allemagne nazie. Aucun siège ne lui avait été réservé.

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Personne n’avait prévu de place pour elle. Pourtant, ce soir-là, un général français allait s’asseoir à cette table, face au maréchal, et apposer la signature de la France sur l’acte qui mettait fin à la Seconde Guerre mondiale. Jean-Joseph Marie Gabriel de Lattre de Tassigny est né le 2 février 1889 dans un village de Vendée, Mouilleron-en-Pareds, deux mille habitants. Quelques décennies plus tôt, Georges Clemenceau y était né.

Peut-être y a-t-il quelque chose dans l’air de Vendée qui forge des hommes qui refusent de plier. De Lattre sort de Saint-Cyr en 1911, quatrième de sa promotion, puis choisit la cavalerie. Il traverse la Grande Guerre sur presque tous les fronts qui comptent : Ypres, Verdun, le Chemin des Dames. Le 11 août 1914, lors d’une mission de reconnaissance en Lorraine, il reçoit un éclat d’obus dans le genou.

Ce sera la première de cinq blessures. Il rentre en 1918 avec la Légion d’honneur, la Military Cross britannique et huit citations. Ce n’est pas un homme qui calcule ses risques, c’est un homme qui avance, et qui avance encore après avoir été touché. Entre les deux guerres, il gravit les échelons, commande des régiments, enseigne.

En 1939, il est le plus jeune général de brigade de France. Quand l’Allemagne envahit la Pologne, il commande la 14e division d’infanterie à Reims, dans les Ardennes. Quand la débâcle commence en mai 1940, il est l’un des rares généraux français à continuer de se battre, à Mourmelon, puis sur la Loire, longtemps après que ses supérieurs ont jeté l’éponge. Le 22 juin 1940, la France capitule officiellement.

De Lattre reste fidèle à ce qu’il croit être son devoir, et il est nommé commandant de la 16e division d’infanterie à Montpellier, en zone sud. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que la prochaine fois qu’il devra choisir entre l’obéissance et sa conscience, il fera un autre choix. Le 11 novembre 1942, les Allemands envahissent la zone libre. Le gouvernement de Vichy donne l’ordre de ne pas résister.

De Lattre refuse. Il ordonne à ses troupes de sortir des casernes et de prendre les armes. Pendant plusieurs heures, ses hommes tiennent tête aux Allemands. Mais les renforts arrivent, l’encerclement se resserre.

Lui et ses soldats sont faits prisonniers. Condamné à dix ans de prison, il est incarcéré à Riom. Mais il ne renonce pas. Avec une détermination que rien n’entame, il s’évade le 3 septembre 1943, rejoint Londres, puis Alger, et s’engage aux côtés du général de Gaulle dans la France libre.

En août 1944, il débarque en Provence à la tête de la 1re armée française. Il libère Toulon, Marseille, remonte la vallée du Rhône, traverse les Vosges, et atteint le Rhin. Le 8 mai 1945, il est à Berlin. Mais les Alliés ont organisé la cérémonie de capitulation sans la France.

Staline a refusé que la France y soit représentée. Roosevelt ne s’y est pas opposé. De Lattre apprend la nouvelle. Il est furieux.

Il exige d’être présent. On lui répond que la place est déjà attribuée, que les accords ont été conclus, que la France n’a pas été conviée. Lui refuse de céder. Il se rend immédiatement au quartier général du maréchal Joukov.

Il argumente, il négocie, il insiste. Il fait valoir que la France a combattu, que ses soldats sont morts, que sa dignité est en jeu. Joukov, impressionné par sa ténacité, finit par céder. Une quatrième place est ajoutée à la table.

Un drapeau français est apporté. Et à 22 h 43, la délégation allemande entre dans la salle. De Lattre signe l’acte de capitulation au nom de la France. La France est présente.

Mais cette victoire, il a dû l’arracher, mot après mot, face à des alliés qui ne voulaient pas de lui. Aujourd’hui encore, cette histoire reste l’une des moins connues de la victoire française. Ce n’est pas qu’une histoire de politique ou de diplomatie.

C’est une histoire de caractère, d’orgueil, et d’un homme capable de se battre avec des mots dans une salle remplie de ceux qui ne voulaient pas de lui.