Le 7 mai 1954, à 17h30 précises, le silence est tombé sur Dien Bien Phu. Dans la cuvette boueuse du nord-ouest du Tonkin, 10 542 hommes ont déposé les armes après 56 jours d’un siège qui a changé le visage de la guerre coloniale. Parmi eux, environ 1 600 Allemands, vétérans de la Wehrmacht d’Hitler, portaient l’uniforme de la Légion étrangère française.
Cette image, celle d’anciens soldats du Reich combattant sous le drapeau tricolore en Indochine, n’est pas une légende. C’est une réalité historique longtemps enfouie, que des archives récemment ouvertes commencent à dévoiler.
Mars 1983, dans un bureau de la Légion étrangère, quelque part entre Hanoï et Saigon, un greffier referme un dossier administratif. Le nom qui y figure tient en une seule lettre suivie d’un point. La règle pour ce genre d’archive incomplète.
Kurtka, 29 ans, mort au combat dans le delta du fleuve Rouge. Deux documents sont agrafés dans ce dossier. Le premier date de la guerre précédente : deux citations obtenues sous l’uniforme de la Wehrmacht, l’armée d’Adolf Hitler.
Le second date de celle-ci : trois citations à l’ordre du régiment, une croix de guerre avec étoile de bronze, une médaille coloniale. Tout cela gagné sous le drapeau français. Celui-là même que l’Allemagne de Kurtka avait tenté d’effacer d’Europe huit ans plus tôt.
Un homme, deux guerres, deux uniformes ennemis l’un de l’autre portés dans une seule vie, séparés de moins d’une décennie. Ceci n’est pas une histoire de rédemption. Ce n’est pas non plus une histoire de trahison déguisée en seconde chance.
C’est l’histoire de plusieurs dizaines de milliers d’hommes que la défaite de 1945 a laissés sans pays, sans uniforme et sans réponse simple à la question qui vient tout de suite après. Pourquoi la France les a-t-elle voulus et pourquoi eux ont-ils dit oui ?
La version qui circule depuis 50 ans est simple et spectaculaire. En 1971, un livre intitulé Devil’s Guard prétend raconter l’histoire vraie d’un bataillon SS resté intact du Reich, transplanté presque sans changement dans la jungle indochinoise, menant la même guerre qu’à l’Est. Il faut lui accorder ceci : des Waffen-SS ont bel et bien porté l’uniforme de la Légion en Indochine.
Il faut lui accorder aussi ceci : la guerre qu’on y menait fut par endroits d’une brutalité comparable au front de l’Est. Et il faut lui accorder enfin que les Allemands dans cette armée se comptaient réellement par dizaines de milliers. Rien de tout cela n’est inventé.
Ce qui l’est, c’est l’unité elle-même. Le 21e commando spécial partisan Jäger n’apparaît dans aucune archive française, allemande ou vietnamienne. L’officier que l’auteur prétend y avoir interviewé n’a jamais été retrouvé dans les registres de la Légion.
Pas de bataillons fantômes, donc, pas de commando d’élite refusant de rendre les armes. Des dossiers, des chiffres, des noms à moitié effacés. Ce n’est pas une histoire de fanatiques SS rejoignant leur guerre sous un autre drapeau.
C’est une histoire plus lente et plus banale. Et c’est justement pour cela qu’il a fallu 70 ans pour la raconter correctement.
Il a fallu qu’un officier de gendarmerie français, devenu historien presque par accident, ouvre les fichiers de décès de la Légion et les croise avec les archives ouest-allemandes pour que la vraie proportion apparaisse. Sur les quelques trentes de milliers d’Allemands et d’Autrichiens passés par la Légion entre 1945 et 1954, les anciens Waffen-SS n’en représentent au maximum qu’un dixième. Pour comprendre pourquoi les neuf autres dixièmes ont signé, il faut remonter non pas jusqu’à Dien Bien Phu mais jusqu’à l’Allemagne de 1945, année zéro.
L’Allemagne de 1945 n’est pas un pays. C’est une ruine administrée par quatre puissances. Dans la zone française d’occupation, le Bade, le Würtemberg-Hohenzollern, la Rhénanie-Palatinat, la Sarre.
Des centaines de milliers d’anciens soldats de la Wehrmacht attendent dans des camps de prisoniers où les conditions sont, selon les rapports français de l’époque eux-mêmes, désastreuses. Près de 25 000 prisoniers allemands mourront dans ces camps entre 1944 et 1948, de faim, de froid, de maladie. Ce chiffre à lui seul dit quelque chose que les affiches de recrutement ne diront jamais.
Pour beaucoup de ces hommes, la question n’était pas de choisir entre la paix et la guerre. Elle était de choisir entre deux façons différentes de risquer de mourir.
C’est dans ce vide que s’installent les bureaux de recrutement de la Légion étrangère avec leurs affiches et leurs promesses simples : de la nourriture, une solde, un uniforme, un départ. Le contrat dure 5 ans. La Légion recrute des étrangers sous une règle vieille de plus d’un siècle : l’anonymat.
Le droit de s’engager sous une identité déclarée sans que personne ne vérifie jamais si elle est la vraie. Une tradition plus ancienne encore complète ce principe, résumée dans une formule que la Légion applique à ses morts au combat, quelle que soit leur nationalité d’origine : Français par le sang versé.
Ce que la propagande ne dit pas, c’est le calcul qui se cache derrière l’offre. La France reconstruit une armée coloniale pour reconquérir l’Indochine. Mais l’opinion publique française tolère de moins en moins de voir mourir des conscrits dans une guerre qu’elle comprend mal.
Les historiens s’accordent sur l’ordre de grandeur : entre 20 000 et 30 000 Allemands et Autrichiens enrôlés, sans jamais s’accorder sur le chiffre exact, précisément parce que le système conçu pour attirer ces hommes, l’anonymat des identités déclarées, rend leur décompte à postériori presque impossible.
Ce genre d’histoire qu’on préfère souvent classer plutôt que raconter, c’est celui que la gloire choisit de suivre jusqu’au bout. En 1947, Paris décide sur le papier d’exclure les anciens Waffen-SS du recrutement. Dans la pratique, des archives aujourd’hui ouvertes montrent que certains bureaux ont enrôlé des candidats en connaissant leur passé, faute de vérification possible et parfois faute de vouloir vraiment savoir.
Mais l’image d’un bataillon de fanatiques s’effondre devant les chiffres bruts. Un échantillon de dossiers étudié par les historiens montre que ces hommes venaient à 30 % de l’infanterie ordinaire, à 20 % de la Louftwaffe au sol, à 15 % de la Kriegsmarine. Des mécaniciens, des téléphonistes, des conducteurs de camions, pas des commandos.
Beaucoup d’entre eux ne sortaient même pas directement d’un camp de prisonniers. Ils appartenaient à cette catégorie que l’administration alliée avait dû inventer pour nommer ce qu’elle ne savait pas classer autremant : les displaced persons, les personnes déplacées. Des hommes sans pays d’origine reconnu, sans emploi, sans destination, dérivant dans une Allemagne à peine gouvernée.
L’administration elle-même n’avait pas de case sur ses formulaires pour un homme qui n’était plus vraiment un soldat et pas encore un civil. Pour ces hommes, signer un contrat de cinq ans sous un nom qu’on ne vérifiait pas n’était pas un choix idéologique. C’était très souvent la seule offre posée sur la table.
Ces chiffres ont des visages, il faut maintenant les nommer. Kurtka n’a pas d’autre identité dans les registres qu’on a pu retrouver. Né en 1924, il a 21 ans quand l’Allemagne capitule.
Ce que les archives conservent de lui, ce sont des dates de citation et une case cochée. Rien sur ses raisons, rien sur son visage, rien sur ce qu’il pensait porter en s’engageant. Sa contradiction, elle est écrite noir sur blanc dans le même dossier : honoré deux fois par deux états qui viennent de se faire la guerre l’un contre l’autre.
Pierre Doumelin, 25 ans au moment où il entame ses recherches, est officier de la gendarmerie nationale française. Il prépare, sous la direction de l’historien Michel Boivin à l’université de Caen, une thèse qui croise pour la première fois les archives françaises et allemandes sur ces légionnaires. Sa contradiction à lui, un homme dont le métier est de faire respecter l’ordre, devient celui qui redonne des décennies plus tard une histoire individuelle à des hommes que les deux pays avaient, chacun à sa manière, préféré oublier.
Grégoire Couicher, chroniqueur de politique étrangère au quotidien socialiste belge Le Peuple, publie le 20 décembre 1946, un an et 7 mois seulement après la capitulation allemande, une chronique où il décrit des recrues de la Légion qu’il identifie comme d’anciens soldats de l’Afrika Korps de Romel capturés en Afrique du Nord. Sa contradiction n’est pas intérieure, elle est de position. Il écrit depuis Bruxelles, non depuis Paris.
Et ce qu’il révèle n’est donc pas un secret français, mais un fait déjà visible depuis l’étranger, à peine 18 mois après la fin des combats.
Et puis il y a ceux qui n’entrent dans aucune des cases précédentes. Ernst Frey, juif viennois, deux fois persécuté comme juif et comme communiste, s’évade de l’Autriche annexée en 1938. Il s’engage dans la Légion étrangère à Paris en 1940, avant même l’occupation totale de la France, en espérant combattre l’Allemagne, pas la fuir.
Deux Allemands partagent une trajectoire proche de la sienne : Rudi Schröder et Erwin Borchers, marxistes exilés eux aussi, arrivés à la Légion par le même chemin pour les mêmes raisons. Tous trois finissent en Indochine et tous trois désertent vers le Viêt Minh à la fin des années 1940, adoptant des noms vietnamiens. Nguyên Dan pour Frey, Lê Duc Nion pour Schröder, Chiên Si, le combattant, pour Borchers.
Voilà le camp d’en face traité avec tout le sérieux qu’il mérite. Des hommes qui avaient rejoint cette même légion précisément pour ne pas ressembler au Kurtka de leur génération et qui se sont retrouvés au bout du chemin du côté qui tirait sur elle.
Enfin, Erich Schwaker, à la tête du mouvement de jeunesse communiste allemand, lance le 20 février 1950 un appel radiodiffusé vers les légionnaires allemands d’Indochine, les invitant à rejoindre le camp des révolutionnaires vietnamiens. Oui, affirmait-il, nombre de leurs compatriotes les ont déjà précédés avec la promesse d’une amnistie et d’un emploi au retour. Sa contradiction se révèle plus tard.
Les hommes qui le croient et regagnent l’Allemagne de l’Est y trouvent souvent, à la place de l’amnistie promise, la suspicion d’un régime qui se méfie de tout homme ayant porté trois uniformes différents dans sa vie.
Pensez à ce que cela signifiait. Porter l’uniforme d’une armée qui vous avait vaincu pour aller vaincre à sa place des hommes qui ne vous avaient rien fait, dans une jungle à l’autre bout du monde dont la plupart de ces recrues ignoraient tout jusqu’au nom. En 1953, la guerre dure depuis près de 8 ans.
Plus de 600 Allemands sont déjà morts en son nom. Tombés un par un dans des embuscades sur des routes forestières, dans des escortes de convois attaquées à la tombée du jour, dans la garde de postes isolés que personne à l’arrière ne saurait situer sur une carte.
C’est cette guerre-là, faite d’usure quotidienne plus que de grande bataille, qui a formé la plupart de ces hommes avant que l’un des sièges les plus étudiés du 20e siècle ne vienne concentrer leur histoire en un seul lieu, un seul printemps. Environ 1 600 Allemands sont alors répartis dans six bataillons de la Légion à l’intérieur du camp retranché que le commandement français a établi dans une cuvette encaissée du nord-ouest du Tonkin, près de la frontière du Laos. Dien Bien Phu.
Le général Henry Navar a jugé la position tenable pour trois raisons qui, prises séparément, semblaient solides. L’aviation française contrôlerait le ciel. Les pistes d’accès sans route carrossable rendraient tout acheminement d’artillerie lourde extrêmement lent.
Et l’expérience de guerre de la garnison, largement composée de vétérans européens, compenserait la supériorité numérique adverse. Une seule donnée manquait à ce calcul et elle suffira à le renverser. Il se trompait.
Le 13 mars 1954, à l’heure où l’artillerie du général Võ Nguyên Giáp ouvre le feu sur les points d’appui du camp, baptisés de prénoms féminins Béatrice, Gabiel, Anne-Mari, Eliane, Huguette, Isabèle, les canons visés sont déjà en position. Démonter, porter à dos d’hommes et à bicyclettes sur des pistes de montagne pendant des semaines, puis remonter pièce par pièce dans des positions enterrées que l’aviation française ne repère jamais entièrement. La doctrine française attendait un siège classique dominé depuis les airs.
La réalité lui inflige une artillerie qu’elle ne peut ni voir ni faire taire.
Béatrice tombe dans la nuit du 13 mars. Gabriel le lendemain après des combats acharnés qui coûtent à son bataillon légionnaire près de la moitié de son effectif en quelques heures. Les huit semaines qui suivent sont une guerre d’usure resserrée mètre par mètre, tranchée par tranchée.
La mousson transforme le camp en un marécage de boue liquide. Les parachutages de vivre et de munition, de plus en plus imprécis à mesure que le périmètre rétrécit, retombent en partie sur les positions viêt Minh qui creusent nuit après nuit un réseau de sape se rapprochant insensiblement des lignes françaises. Les évacuations sanitaires deviennent impossibles.
Chaque position perdue est reprise à la baïonnette, puis reperdue quelques nuits plus tard pour un gain de terrain qui se mesure en dizaines de mètres.
Le 7 mai vers 17h30, le cessez-le-feu est déclaré. Environ 10 542 hommes encore en état de combattre déposent les armes après 56 jours de siège ininterrompus. 10 542 hommes quittent alors la cuvette de Dien Bien Phu comme prisonniers, poussés sur des pistes forestières vers des camps situés parfois à plusieurs centaines de kilomètres sous une chaleur et une pluie qui tue presque autant que les combats venaient de le faire.
3 290 reviendront en août et en septembre. Les autres ne reviendront pas.
Le taux de survie n’est pas uniforme. Environ neuf officiers sur dix rentrent chez eux. Chez les simples soldats, la proportion s’effondre.
Et c’est précisément dans ce rang-là, celui des grades qu’un légionnaire étranger sans citoyenneté française atteint rarement, que se trouvait la plupart des Allemands. Écoutez maintenant ce que ces hommes mêmes ou ceux qui les ont observés de près en ont dit et écrit.
Pierre Doumelin, l’officier de gendarmerie devenu historien, a passé des années à croiser les registres de décès de la Légion avec l’État civil allemand. Ce qu’il y a trouvé ne concerne pas seulement les vivants. “Nous avons pu retrouver dans les fichiers de décès de légionnaires allemands des demandes de famille formulant expressément le souhait que la mention ‘mort pour la France’ soit retirée du dossier de leur fils”, écrit-il.
Quatre mots dans cette phrase portent tout le poids du reste : retiré du dossier. Pas contesté, pas expliqué, simplement effacé comme si l’honneur offert par un pays ne pouvait pas coexister dans une même mémoire familiale avec le deuil.
Grégoire Couicher, en identifiant dès décembre 1946 des recrues venues de l’Afrika Korps, ne dénonçait pas un scandale caché. Il notait, avec le détachement d’un chroniqueur étranger, un fait que l’armée française elle-même ne cherchait pas vraiment à cacher. Ce que son article révèle en creux, c’est l’absence totale de vocabulaire officiel pour désigner ce que ces recrutements représentaient.
La France n’avait pas de mot pour un ancien soldat de Romel devenu soldat de la République. Elle avait un formulaire d’engagement et un formulaire ne pose pas ce genre de question.
Pierre Tumelin a fini par donner un titre à son propre livre publié en 2014 : L’Ennemi utile. Deux mots qui ne prétendent trancher ni dans un sens ni dans l’autre. Pas l’ami retrouvé, pas non plus l’adversaire pardonné, utile seulement et rien de plus.
Ce qui est peut-être la description la plus honnête qu’on ait jamais donnée de la relation entre la République française et ces dizaines de milliers d’hommes.
L’appel d’Erich Schwaker en février 1950 promettait à ceux qui désertéraient un accueil en héros et une vie nouvelle. Sur environ 1 400 Allemands qui passeront effectivement du côté Viêt Minh au cours du conflit, un nombre qu’on ne peut établir avec certitude tant les archives des deux bords se contredisent sur ce point précis, plusieurs de ceux qui atteignirent ensuite l’Allemagne de l’Est y furent fichés comme suspects plutôt que célébrés comme convertis. Certains contraints de fuir une seconde fois vers l’ouest cette fois ou de se cacher tout court.
Ni la France ni l’Allemagne de l’Est en somme n’avait de catégorie prêtes pour ces hommes-là.
Ce n’est pas une histoire qui se termine bien ni mal. Elle ne se termine pas vraiment du tout. Elle se range plutôt, chacune dans un dossier séparé.
Suivez maintenant chacun d’eux jusqu’au bout de sa route. Kurtka n’a jamais su qu’un jour, soixante ans plus tard, un gendarme devenu historien rouvrirait son dossier. Il est mort avant Dien Bien Phu dans un accrochage de patrouille dont le compte-rendu tient sur une demi-page, l’un des milliers d’engagements quotidiens que la bataille finale a fini par éclipser dans la mémoire publique.
Ernst Frey, devenu Nguyên Dan, resta au Vietnam après l’indépendance. Rudi Schröder et Erwin Borchers, eux aussi, y bâtirent une part de leur vie d’après-guerre. Selon l’historien allemand Heines Schute, qui a reconstitué leur trajectoire à partir d’archives allemandes et vietnamiennes, l’internationalisme sincère qui les avait conduits jusque-là devint, une fois l’indépendance acquise et le nationalisme vietnamien consolidé, un handicap plutôt qu’un mérite.
Des étrangers restaient des étrangers même quand ils avaient pris les armes pour le camp qui allait gagner.
L’administration allemande, chargée d’identifier les tombes de guerre, a mis des décennies à localiser une partie des sépultures dispersées à travers le Vietnam. Aucune commémoration officielle française ne distingue à ce jour ces légionnaires allemands du reste des morts de la Légion. Le silence institutionel des deux côtés du Rhin n’a jamais vraiment été rompu, sauf par le travail solitaire d’un chercheur et par les familles qui ont préféré, elles, demander l’oublie plutôt que l’honneur.
Il n’existait pas en 1945 de mots pour ce que ces hommes allaient devenir. Ni traître, ni héros, ni tout à fait soldat, ni tout à fait réfugié. L’administration alliée avait inventé un terme pour ceux qui n’avaient plus de place nulle part : personnes déplacées.
Le mot était censé décrire une situation provisoire, le temps qu’un homme retrouve un pays. Pour beaucoup de ces légionnaires, il décrivit plutôt une condition permanente, celle qu’aucune citation, aucune croix de guerre, aucun uniforme français ou allemand n’a jamais vraiment corrigée.
Le dossier de Kurtka existe toujours quelque part dans les archives de la Légion. Deux guerres, deux uniformes, une seule vie et une mention que sa famille a demandé qu’on efface sans jamais préciser pourquoi. La demande, elle, a été conservée.
C’est peut-être la seule chose dans toute cette histoire qui n’a jamais été déplacée.


