«Envoyez les Français sur ce piton» — Comment 1 000 hommes ont pris la crête qui a brisé l’US Army

«Envoyez les Français sur ce piton» — Comment 1 000 hommes ont pris la crête qui a brisé l'US Army

Voici l’article de breaking news rédigé en français, conforme à vos consignes.

Le 13 octobre 1951, à 4h40, une compagnie française a pris d’assaut le dernier sommet de la crête de Crèvecoeur, mettant fin à une bataille qui a coûté près de 3 700 hommes à la 2e division d’infanterie américaine. L’objectif, la côte 851, un piton rocheux étroit et isolé, tenait depuis un mois face à des assauts répétés.

Les hommes de la 2e compagnie du bataillon français de l’ONU étaient montés de nuit, sans lumière, par le versant est. Devant eux, 300 mètres de dénivelé raide, couvert de broussailles et de pins bas. Le sommet, une aiguille de roche et de terre, était défendu par une infanterie nord-coréenne retranchée dans des abris en contrepente, protégés par des rondins.

L’artillerie américaine avait cessé de tirer quelques minutes plus tôt. Le silence était total. Les sections françaises s’engagent dans la pente.

Le combat se fait à la grenade et à l’arme individuelle, trou par trou, sur une largeur qui ne dépasse jamais celle de l’arête. Deux hommes de front décident du sort de toute la compagnie.

Le sommet est atteint au lever du jour. La côte 851 passe sous contrôle des Nations unies. C’est le dernier sommet de la crête.

Ce que trois régiments américains cherchaient depuis un mois est acquis en une matinée par une seule compagnie française. La nouvelle est tombée au quartier général de Tokyo.

La crête, que les correspondants de guerre américains avaient baptisée Heartbreak Ridge, a été traduite par les Français en Crèvecoeur. Elle court sur six kilomètres du sud au nord, avec trois sommets : la côte 894, le point culminant à 931 mètres, et le piton nord, la côte 851. Ce dernier était le verrou.

Depuis le 13 septembre, la 2e division d’infanterie américaine lançait des attaques de compagnie, puis de bataillon, puis de régiment entier. Chaque sommet perdu était repris par une contre-attaque nord-coréenne dans les heures suivantes, presque toujours de nuit. Les pertes étaient massives.

Le 23e régiment d’infanterie et le bataillon français qui lui était rattaché comptaient à eux deux près de la moitié des pertes de la division. Le capitaine Robert Goupil, qui commandait la 2e compagnie, était tombé sur la crête fin septembre. Son unité restait engagée sans interruption.

Le plan de la division avait changé le 5 octobre avec l’opération Touchdown. Les trois régiments attaquaient ensemble, et le génie ouvrait une piste dans la vallée de Mundungni pour y faire passer des chars Sherman. Ces chars, en tir direct, détruisaient les abris que l’artillerie n’avait pas percés.

Le 6 octobre, le 23e régiment enlevait la côte 931, le point culminant. Le 7, le 9e régiment prenait la côte 867 à l’ouest. Les positions tenaient.

Les renforts nord-coréens n’arrivaient plus par la route. Il restait le piton nord, la côte 851, et c’est une compagnie française qui se trouvait à son pied.

Le bataillon français de l’ONU comptait 1 077 hommes, tous volontaires. Ils venaient de l’infanterie coloniale, de la Légion étrangère, des unités parachutistes, de la marine. Une partie d’entre eux avait déjà combattu en Italie, en Allemagne ou en Indochine.

Ils portaient l’armement américain et se battaient sous commandement américain.

Le 13 octobre, l’objectif revenait au bataillon français et, à l’intérieur du bataillon, à la 2e compagnie, celle qui avait le plus donné depuis un mois. Les hommes avaient laissé les sacs en bas. Ils montaient avec l’armement, les grenades et deux jours de vivres.

Les mortiers du bataillon tiraient sur la face nord pour interdire l’arrivée de renforts.

Les pertes nord-coréennes et chinoises sont estimées par le renseignement américain à 25 000 hommes hors de combat. Aucune source adverse ne l’a confirmé. Pour le bataillon français, les pertes de cette seule bataille n’ont jamais fait l’objet d’un état publié que deux sources indépendantes recoupent.

L’histoire officielle de l’armée américaine note pour le 13 octobre que le dernier piton de la crête a été enlevé par une compagnie du bataillon français rattachée au 23e régiment d’infanterie. La mention tient en une ligne. Elle règle la question du partage : les autres sommets ont été enlevés par des régiments américains.

La confusion vient de ce que le bataillon français appartenait au 23e régiment et se trouvait donc engagé dans les deux affaires à une semaine d’intervalle sur la même crête. Certaines publications françaises situent la prise française sur la côte 931, le point culminant. Les journaux de marche américains placent le 23e régiment sur 931 le 6 octobre et la compagnie française sur 851 le 13.

Le lieutenant-colonel Montclar, qui avait formé le bataillon en métropole et l’avait mené pendant un an, avait quitté le commandement avant le 13 octobre. Certaines sources le placent encore à la tête de l’unité, d’autres le donnent déjà parti. Aucun document ne le situe sur le piton au matin du 13.

Ce qui est établi tient dans une phrase : l’unité qu’il avait formée a pris le dernier sommet de Crèvecoeur. Ce que l’opération Touchdown a changé tient également en peu de mots : pendant trois semaines, la division avait attaqué avec un bataillon pendant que le reste tenait. À partir du 5 octobre, elle attaque avec tout ce qu’elle possède au même moment.

Le même terrain, les mêmes hommes, une autre méthode. Le résultat apparaît en 36 heures : deux sommets le 6 octobre, un troisième le 7. Le reste de la crête suit en une semaine.

La bataille aura duré du 13 septembre au 15 octobre. Aucun autre engagement de la division en Corée n’a produit un tel bilan sur une surface aussi petite.

Après le 15 octobre, la 2e division organise la crête en position défensive. Les trous individuels sont approfondis et reliés par des boyaux couverts avec les rondins pris sur les abris adverses. Le secteur reste actif jusqu’à la fin de la guerre, avec des tirs d’artillerie quotidiens et des patrouilles de nuit.

La ligne de démarcation fixée par l’armistice de juillet 1953 passe au nord de la position. Ce que la 2e division a payé 3 700 hommes au mois de septembre et d’octobre est resté du côté sud de la ligne. La côte 851 n’a plus changé de main.

Le bataillon français a été relevé du piton dans les jours qui ont suivi et redescendu par le sentier de l’Est, celui par lequel montaient l’eau et les munitions. Il est resté en Corée jusqu’à l’armistice dans le même régiment américain, sur d’autres secteurs du front stabilisé.

Le nom de Montclar reste attaché à cette bataille dans la mémoire française. Le bataillon a reçu trois citations présidentielles américaines, une distinction que l’armée des États-Unis réserve aux formations dont l’action a été jugée déterminante dans un engagement précis. Elle correspond à Twin Tunnels, Chipyongni et la crête de Crèvecoeur.

Sur les cartes américaines, la crête porte toujours le nom que lui ont donné les correspondants de guerre au mois de septembre : Heartbreak Ridge. Sur celles du bataillon français, elle s’appelait Crèvecoeur avant même que le piton soit pris. Le nom est resté.