L’histoire officielle les a soudés dans le bronze des manuels scolaires, deux noms inséparables, deux libérateurs, deux maréchaux de France. Philippe Leclerc de Hauteclocque et Jean de Lattre de Tassigny. Mais derrière le mythe d’une fraternité d’armes se cache une vérité que les archives et les témoignages révèlent aujourd’hui avec une violence inouïe : ces deux hommes se haïssaient.
Pas une rivalité courtoise entre soldats qui s’estiment. Une haine profonde, nourrie d’années de ressentiment, de choix irréconciliables et d’une guerre dans la guerre qui a éclaté au moment précis où la France avait le plus besoin d’unité. En Alsace, à l’hiver 1944, alors que les Alliés luttaient pour libérer le territoire, Leclerc et de Lattre se sont livré un combat parallèle, un duel silencieux mais dévastateur.
Et au cœur de cette fracture, une question demeure, plus explosive que tout ce que l’on a bien voulu raconter : qu’est-ce que Leclerc pensait vraiment de de Lattre ? La réponse, que nous dévoilons aujourd’hui, éclaire d’une lumière crue les zones d’ombre de la Libération.
Philippe Leclerc de Hauteclocque n’est pas un général comme les autres. Il ne ressemble en rien à de Lattre, cet homme du système, formé par l’armée de Vichy avant de se racheter. Leclerc, lui, a choisi son camp dès juin 1940, alors qu’il n’était encore que capitaine de cavalerie.
Il a traversé la France à vélo, passé par Bayonne, l’Espagne, le Portugal, puis pris un bateau pour rejoindre de Gaulle à Londres. Ce n’était pas de la bravoure calculée, c’était un acte d’une pureté presque irrationnelle. L’homme qui allait libérer Paris et Strasbourg a commencé son épopée avec trois fois rien : 350 hommes et 99 vieux véhicules, quelque part en Libye, en 1941.
Et c’est là, à Koufra, le 2 mars 1941, qu’il prononce le serment qui va définir les quatre années suivantes : “Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg.” Ce serment n’est pas une formule, c’est une obsession. Et cette obsession allait le placer inévitablement sur une trajectoire de collision avec Jean de Lattre de Tassigny.
Pour comprendre ce qui s’est passé entre ces deux hommes, il faut comprendre ce qu’ils représentent chacun. Leclerc est l’homme des Forces françaises libres, le gaulliste de la première heure, celui qui n’a jamais composé avec Vichy. De Lattre, c’est autre chose.
C’est un général brillant, un chef de guerre charismatique, mais un homme qui a servi le régime de Pétain jusqu’en novembre 1942, avant de s’y opposer trop tard et d’être arrêté par les autorités vichistes elles-mêmes. Il s’est évadé de la prison de Riom en septembre 1943, avec l’aide de sa femme et de son fils Bernard, 16 ans à l’époque, et a rejoint les Alliés. De Gaulle lui a accordé sa cinquième étoile et lui a confié le commandement de la future Première armée française.
Mais pour Leclerc, ce passé ne s’efface pas. Dans son esprit, l’armée de de Lattre est peuplée de traîtres qui ont servi Vichy. Des gens qui, pendant que lui traversait l’Afrique et roulait vers Paris, portaient l’uniforme d’un régime collaborateur.
Il faut imaginer ce que Leclerc ressent en août 1944, quand ses chars entrent dans Paris. Il a 42 ans. Il a accompli quelque chose d’inouï.
Il a libéré la capitale de la France. Il a reçu la reddition du général von Choltitz à la gare Montparnasse le 25 août, et le lendemain, il défile aux côtés de de Gaulle sur les Champs-Élysées devant des millions de Parisiens en délire. C’est le sommet absolu.
Et puis, trois mois plus tard, tout va basculer. Le 23 novembre 1944, la 2e division blindée entre dans Strasbourg. Le serment de Koufra est tenu.
La cathédrale porte le tricolore. Leclerc fait une prise d’armes place Kléber. Il peut enfin souffler.
Sauf que l’ennemi le plus redoutable qui l’attend maintenant ne porte pas l’uniforme allemand.
Le problème commence dès le 6 décembre 1944. Sur ordre du général américain Devers, chef du 6e groupe d’armée, la 2e DB est transférée à la Première armée française du général de Lattre. Leclerc l’apprend, et son entourage décrit sa réaction comme une gifle reçue en public.
Il l’a redouté pendant des mois, depuis septembre, quand le 15e corps américain dont il dépendait a été réorganisé. Il a supplié pour ne pas tomber sous les ordres de de Lattre. Pour lui, c’est une humiliation institutionnelle doublée d’une insulte personnelle.
Il considère la Première armée comme l’armée des anciens de Vichy, et voilà qu’on lui demande de servir sous leur commandement. Les semaines qui suivent sont un enfer.
De Lattre engage la deuxième bataille de la poche de Colmar, ce bastion allemand qui résiste au fond de l’Alsace et que les Alliés n’arrivent pas à réduire. Et là, un désaccord fondamental éclate entre les deux généraux, non pas sur des questions de politique ou de prestige, mais sur la stratégie militaire pure. Leclerc veut une percée blindée rapide, une manœuvre du nord vers le sud pour prendre les Allemands en tenaille le long du Rhin et refermer la poche en les encerclant.
C’est sa méthode, celle qui lui a réussi de Normandie à Strasbourg : vitesse, audace, contournement. De Lattre, lui, préfère une poussée frontale d’ouest en est, une progression méthodique depuis les crêtes des Vosges. C’est une autre philosophie de la guerre, et les deux hommes ne trouvent aucun terrain d’entente.
Des historiens militaires, analysant les opérations a posteriori, ont donné raison à Leclerc. La manœuvre qu’il préconisait aurait peut-être permis d’en finir plus vite, avec moins de pertes. Mais en décembre 1944, c’est de Lattre qui commande, et c’est sa méthode qui s’applique.
Le résultat est catastrophique. Non pas parce que de Lattre aurait été un mauvais général — il ne l’était pas — mais parce que la poche de Colmar est défendue avec un acharnement que personne n’avait anticipé. Himmler lui-même supervise la résistance allemande en Alsace.
La 19e armée allemande ne lâche pas. En décembre, la 2e DB attaque à Wintzenheim, entre le Rhin et les Vosges, et subit des pertes sévères. Leclerc reçoit les bilans de ses unités avec une fureur froide.
Ce sont ses hommes, les hommes de Koufra, de Normandie, de Paris, de Strasbourg, qui tombent dans les marécages gelés d’Alsace sous les ordres d’un autre général, pour une stratégie qu’il n’approuve pas. Et la situation va encore empirer.
Le 27 janvier 1945, de Lattre envoie un groupement de la 2e DB en renfort d’un bataillon de la Légion étrangère encerclé à Grussenheim, un village du Haut-Rhin, à une vingtaine de kilomètres au nord de Colmar. L’opération de nuit tourne au désastre. Les Allemands ont anticipé le mouvement.
Le lieutenant-colonel Putz, qui commande l’attaque, est tué par un obus. De nombreux officiers tombent avec lui. Quand les combats s’arrêtent à l’aube du 29 janvier, le bilan est accablant : 61 soldats de la 2e DB tués, 200 hors de combat.
Des vétérans de l’épopée africaine, des survivants de Normandie et de la percée vers Strasbourg, tombés dans un village alsacien dont personne ne gardera le nom. Les hommes de la 2e DB disent entre eux qu’il y a eu là plus de pertes qu’entre Baccarat et Strasbourg, c’est-à-dire plus que pendant toute la percée dans les Vosges. Leclerc apprend le bilan et, selon des témoignages de son entourage, il est livide.
Ce n’est pas de la tristesse, c’est de la rage.
C’est à ce moment-là, dans cet hiver alsacien, que la relation entre Leclerc et de Lattre atteint son point de rupture absolue. Selon les historiens qui ont épluché les archives des deux généraux, Leclerc ne mâche plus ses mots dans les conversations privées. Il qualifie de Lattre de “chef qui sacrifie des hommes pour des objectifs douteux”.
Il menace de démissionner de l’armée. Et, chose extraordinaire, il finit par obtenir gain de cause. Fin janvier 1945, après une crise de commandement qui fait remonter les tensions jusqu’à de Gaulle lui-même, la 2e DB est retirée de la Première armée et rattachée à la 7e armée américaine.
Leclerc a gagné. Mais à quel prix ? L’hiver de Colmar a laissé des cicatrices que rien ne pourra effacer.
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans la façon dont Leclerc obtient cette sortie. Il n’en appelle pas à de Gaulle par des voies officielles. Il ne rédige pas un rapport circonstancié.
Il exprime un refus catégorique, presque insubordonné. Et de Gaulle, sachant ce que Leclerc représente pour l’image de la France libre, finit par céder. C’est le signe que Leclerc, contrairement à de Lattre, n’a jamais vraiment intégré les codes de la hiérarchie institutionnelle.
Il obéit quand ça lui convient. Il force la main quand il estime avoir raison. C’est exactement ce qu’il a fait en août 1944, quand il a envoyé un détachement vers Paris de sa propre initiative, avant d’avoir reçu l’ordre formel d’Eisenhower — ce qui était techniquement une désobéissance envers son supérieur américain, le général Gerow.
Pour Leclerc, le résultat justifie la méthode. Pour de Lattre, c’est un comportement inadmissible chez un subordonné.
Voilà le nœud de leur rivalité. Ce n’est pas seulement une question de politique, de passé vichyste ou de jalousie. C’est une collision entre deux conceptions radicalement différentes du commandement militaire.
De Lattre est un organisateur brillant, un stratège qui pense en termes de corps d’armée et de cent mille hommes. Il intègre en quelques mois 137 000 résistants des FFI dans ses rangs. Il remonte la vallée du Rhône, il libère Lyon le 3 septembre 1944, il atteint le Rhin le 19 novembre.
C’est un chef de guerre d’une puissance remarquable, mais c’est aussi un homme d’apparat, qui aime les cérémonies, qui soigne son image, qui s’est navigué dans les eaux troubles de la politique militaire. Leclerc, lui, méprise tout ça. Il est cavalier, imprévisible, tactiquement génial et fondamentalement allergique au compromis d’appareil.
Il s’est engagé à Koufra avec 350 hommes parce qu’il croyait en quelque chose d’absolu. Et cette intransigeance, qui était sa force, est aussi ce qui l’a rendu incapable de travailler avec de Lattre.
Ce que la plupart des gens ignorent, c’est qu’à l’automne 1944, alors que la tension monte entre les deux hommes, de Gaulle joue un jeu subtil et délibérément ambigu. Le général a placé de Lattre à la tête de la Première armée, mais il entretient avec Leclerc un lien particulier, presque secret, qui remonte à leur première conversation à Londres en juillet 1940. De Gaulle a confié à Leclerc la mission de libérer Paris bien avant que cela ne soit officiellement décidé, et il l’a fait en lui remettant personnellement un document qu’il devait garder sur lui en permanence, dans son portefeuille.
Ce n’est pas un rapport militaire, c’est un acte de confiance personnelle. Leclerc et de Gaulle ont une relation d’une intimité que de Lattre n’aura jamais tout à fait. Et de Lattre le sait.
Ce déséquilibre fondamental dans l’accès au général nourrit une jalousie que de Lattre n’exprime jamais directement, mais que ses proches perçoivent dans chaque décision qu’il prend lorsque la 2e DB passe sous ses ordres. Le fait est que de Gaulle exacerbe les tensions entre les deux hommes autant qu’il cherche à les contenir. En confiant à Leclerc la libération de Paris, la mission symbolique par excellence, il lui donne un prestige que de Lattre, avec toute la puissance de sa Première armée, ne peut pas égaler.
Paris, c’est l’image. Strasbourg, c’est le serment. De Lattre, lui, libère Lyon, Marseille, Mulhouse.
Des villes qui comptent, des opérations militaires majeures, mais qui n’ont pas la même charge symbolique pour l’imaginaire national. Quand les deux généraux se retrouvent sur le même terrain en Alsace, Leclerc arrive avec une auréole que de Lattre ne peut pas supporter de voir briller juste à côté de lui.
Ce que peu de gens savent, c’est que Leclerc avait anticipé ce problème bien avant que la 2e DB soit officiellement rattachée à la Première armée. Dès septembre 1944, quand le 15e corps américain est réorganisé et que la question de l’avenir de la 2e DB se pose, Leclerc fait tout ce qu’il peut pour rester sous commandement américain. Il préfère travailler avec Patton, qui lui a personnellement épinglé une Silver Star en septembre 1944 après la brillante victoire de Dompaire contre la 112e brigade blindée allemande, plutôt que de passer sous les ordres de de Lattre.
La raison qu’il donne officiellement, c’est opérationnel : il veut continuer l’élan de la percée vers l’est. Mais les témoignages de ses proches sont sans ambiguïté : il considère l’armée de de Lattre comme une armée de compromis, nourrie de compromission avec Vichy, et il ne veut pas y être associé, même en position de subordination temporaire.
La rupture finale survient non pas en 1944, mais dans les mois qui suivent la victoire. Quand la guerre en Europe se termine le 8 mai 1945, les deux généraux ont suivi des trajectoires qui les ont définitivement séparés. Leclerc a rejoint la 7e armée américaine fin janvier 1945, et ses hommes ont fini la guerre en fonçant vers la Bavière, avec l’objectif assez fou de s’emparer du Berghof, le chalet d’Hitler à Berchtesgaden, dans les Alpes bavaroises.
Deux unités américaines avaient la même ambition et les ont coiffés au poteau sur presque toute la route. Mais c’est finalement un détachement de la 2e DB qui entre le premier dans le chalet du monstre le 4 mai 1945. Leclerc y voit une consolation après des mois de frustration.
De Lattre, lui, assiste à Berlin à la signature de la capitulation allemande le 8 mai. Une scène de prestige absolu, la France parmi les vainqueurs, à une table où de Lattre représente une puissance qui a failli ne pas exister. C’est son triomphe personnel, et il l’a mérité.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car ce qui s’est passé en Alsace à l’hiver 1944 laisse une trace dans les mémoires des hommes de la 2e DB qui ne s’effacera jamais. Ces soldats qui ont survécu à Grussenheim, à Wintzenheim, aux marécages gelés du Ried, savent ce que cela a coûté. Ils savent que leurs camarades sont tombés dans des conditions contestables, sous un commandement qu’ils ne reconnaissaient pas comme légitime.
Et ils savent ce que Leclerc pensait de tout ça, parce qu’il n’a jamais été du genre à dissimuler ses opinions à ses officiers. Leclerc estimait que de Lattre avait utilisé la 2e DB comme une pièce parmi d’autres, sans comprendre ce qu’elle représentait, sans respecter ce qu’elle avait accompli, et que les hommes tombés à Grussenheim étaient morts pour une stratégie que lui-même, Leclerc, avait jugée mauvaise avant même qu’elle soit appliquée.
Il y a une ironie tragique dans la suite des événements. Leclerc meurt le 28 novembre 1947, à 44 ans, quand son avion, le “TAI 2”, s’écrase près de Colomb-Béchar, dans le Sahara algérien. Il revenait d’une inspection en Afrique du Nord, où il avait été nommé inspecteur des forces terrestres.
Il n’a pas eu le temps de voir l’Indochine se transformer en guerre impossible, de voir ses intuitions sur la nécessité de négocier avec Hô Chi Minh, qu’il avait exprimées dès 1946, confirmées par les faits. Il est mort trop tôt, et sa mort a figé son image en héros absolu, sans nuance, sans l’usure que le temps impose aux grands hommes. De Lattre, lui, vit jusqu’en janvier 1952 et meurt en Indochine, rongé par le cancer, après avoir perdu son fils Bernard.
Ce même Bernard qui avait 16 ans quand il aidait son père à s’évader de la prison de Riom, tué au combat au Tonkin en mai 1951. De Lattre survit à son fils de quelques mois seulement. C’est une fin qui inspire le respect, quelle que soit l’opinion qu’on ait sur lui.
Ce qui reste finalement, c’est la question que pose leur rivalité. Peut-on séparer la valeur militaire d’un homme de l’histoire qui l’a précédé ? Leclerc n’a jamais pu le faire pour de Lattre.
Il voyait en lui l’armée de Vichy, même quand de Lattre combattait sous les couleurs de la France libre. Est-ce une injustice ? Probablement.
De Lattre était un grand général. Ses hommes le savaient, les Allemands le savaient, les Américains le savaient. La libération de la vallée du Rhône, la défense de Strasbourg face à la contre-offensive allemande de janvier 1945, la réduction de la poche de Colmar avec 350 000 hommes face à 100 000 Allemands, ce ne sont pas des demi-victoires, ce sont des faits d’armes majeurs.
Mais Leclerc était incapable de dissocier la performance militaire du choix moral. Et ce choix moral, pour lui, avait été tranché en juin 1940, et il n’était pas négociable.
Voilà ce que Leclerc pensait vraiment de de Lattre. Pas un ennemi personnel au sens trivial du terme. Quelque chose de plus profond et de plus implacable.
Un homme qui avait raté le rendez-vous essentiel. Un homme qui s’était trompé de camp au moment où le camp comptait le plus, et qui avait eu beau tout faire ensuite pour se racheter, il n’avait jamais tout à fait effacé cette faute originelle aux yeux de Leclerc. C’est une vision sévère, peut-être trop sévère, mais c’est la vision d’un homme qui avait risqué sa vie sur ce jugement dès l’été 1940 et qui ne pouvait pas, maintenant, relativiser ce qu’il avait risqué.
Il y a dans cette rivalité quelque chose qui nous parle encore aujourd’hui, en 2026, à l’heure où l’on débat toujours du poids des choix passés sur les jugements présents. L’idée que deux personnes peuvent se battre du même côté, contre le même ennemi, pour les mêmes drapeaux, et se haïr quand même. Parce que l’histoire qu’on porte avec soi, les choix qu’on a faits à des moments décisifs, finissent toujours par ressurgir.
Leclerc et de Lattre ont tous les deux libéré la France. Ils ont tous les deux mérité leurs étoiles. Mais entre eux, il y avait une frontière invisible que ni la victoire ni le temps n’ont jamais réussi à effacer.
La frontière entre ceux qui ont choisi en juin 1940 et ceux qui ont choisi plus tard. Et dans l’esprit de Leclerc, cette frontière-là ne disparaissait jamais.
Ce serment prononcé à Koufra en mars 1941, les couleurs françaises sur la cathédrale de Strasbourg, était tenu depuis novembre 1944. Leclerc l’avait accompli. C’était son monument personnel, intouchable, que personne ne pouvait lui retirer, pas même de Lattre avec toute sa Première armée et ses 400 000 hommes.
Mais la paix entre ces deux hommes, qui portaient chacun une part de la France sur leurs épaules, n’a jamais été signée. L’histoire officielle a recollé les morceaux, posé les deux noms côte à côte dans les livres et les musées, inventé une fraternité d’armes qui n’a jamais vraiment existé. La vérité est plus sombre et plus humaine.
Deux grands soldats, une même cause, et une incompréhension irréductible qui a duré jusqu’à ce que la mort les sépare. L’un à 44 ans dans le Sahara, l’autre à 63 ans au Vietnam, loin de cette Alsace qui avait été le théâtre de leur conflit le plus brutal.


