Le 21 août 1944, j’ai envoyé cent cinquante hommes vers Versailles sans en avoir le droit. Mon supérieur américain a hurlé quand il l’a appris : une insubordination caractérisée, un acte qui…

Le 21 août 1944, j’ai envoyé cent cinquante hommes vers Versailles sans en avoir le droit. Mon supérieur américain a hurlé quand il l’a appris : une insubordination caractérisée, un acte qui...

Le 19 août 1944, Paris est en feu. Pas encore sous les bombes, mais sous une fièvre que rien ne semble pouvoir éteindre : l’insurrection. Les Parisiens ont pris les armes, les barricades poussent dans chaque rue, et la préfecture de police tient bon entre les mains des résistants. À des centaines de kilomètres de là, un général français regarde une carte et prend une décision que personne ne lui a autorisé à prendre.

Thumbnail

Ce général, c’est Philippe Leclerc. Et ce qu’il s’apprête à faire va bouleverser le destin de la capitale, déjouer les plans du commandement allié, mettre son supérieur américain en rage et entrer dans l’histoire comme l’un des actes militaires les plus audacieux de toute la guerre. Mais ce que l’on raconte rarement, c’est que Leclerc a failli ne jamais recevoir l’ordre de marcher. Paris n’était pas dans les plans.

Et si un homme n’avait pas forcé la main au général Eisenhower, la capitale française aurait pu être contournée, abandonnée à son sort, livrée aux Allemands qui auraient eu tout le temps d’exécuter quelque chose de monstrueux. En août 1944, après le débarquement réussi en Normandie, les armées alliées avancent vite. Trop vite, même, au goût de certains généraux américains qui peinent à suivre leur propre élan. La poche de Falaise vient de se refermer sur des dizaines de milliers de soldats allemands.

Ceux qui restent reculent en désordre vers le nord-est. Le général Dwight Eisenhower, commandant suprême des forces alliées en Europe, fixe son regard non pas sur Paris, mais au-delà. Son objectif, c’est l’Allemagne. La Ruhr.

Les usines. La fin rapide de la guerre. Dans cette logique, Paris n’est qu’un obstacle. Une ville de deux millions d’habitants qu’il faudrait nourrir, administrer, défendre.

Une ville dont les ruelles et les boulevards transformeraient n’importe quelle colonne blindée en cible facile. Eisenhower est un militaire pragmatique, et ce pragmatisme lui dicte une stratégie claire : contourner Paris, foncer vers l’est, laisser la capitale se rendre d’elle-même une fois les Allemands chassés d’ailleurs. Sur le papier, c’est cohérent. C’est même une bonne stratégie.

Mais c’est une stratégie qui ne tient pas compte de ce qui se passe réellement dans les rues de Paris depuis le 10 août. Ce jour-là, les cheminots se mettent en grève. Puis les gendarmes le 13. Puis la police le 15 août, jour du débarquement allié en Provence.

Les postiers suivent, et le 18 août, c’est la grève générale. Paris se soulève. Le colonel Rol-Tanguy, qui commande les forces françaises de l’intérieur d’Île-de-France, fait placarder dans toute la ville des affiches appelant à l’insurrection. Plus de 650 barricades s’élèvent dans les rues.

Des policiers en civil récupèrent leurs armes. Des étudiants apprennent en quelques heures à fabriquer des cocktails Molotov. Paris ne se contente plus d’attendre d’être libéré. Paris se libère lui-même.

Mais il y a un problème. Se libérer soi-même demande des munitions. Et les munitions s’épuisent. Le 19 août, les insurgés tiennent la préfecture de police face à Notre-Dame.

Le 20, les Allemands contre-attaquent. Les combats reprennent de quartier en quartier. L’hôtel Meurice, sur la rue de Rivoli, sert de quartier général au général Dietrich von Choltitz, commandant du Grand Paris. Von Choltitz dispose encore de seize à dix-sept mille soldats, de chars, d’artillerie.

Et il a dans sa poche des ordres signés de la main d’Adolf Hitler en personne : faire sauter les ponts, détruire les monuments, transformer Paris en champ de ruines si les Alliés s’en approchent. Ces ordres existent. Ce n’est pas une légende. Von Choltitz les a reçus.

La question que tout le monde se pose, c’est de savoir s’il va les exécuter. Mais pour l’instant, il faut se concentrer sur ce qui se passe à deux cents kilomètres de là, vers Argentan, en Normandie. C’est là que se trouve la deuxième division blindée du général Philippe Leclerc. Quinze mille hommes, quatre mille véhicules, quatre cents chars.

Une division forgée en Afrique, à Bir Hakeim, au Tchad, en Tunisie, qui a traversé la Méditerranée et débarqué en Normandie le 1er août 1944. Une division qui n’a qu’une idée en tête depuis des mois. Depuis des années, pour certains de ces soldats : entrer dans Paris. Leclerc attend.

Il attend parce qu’il doit attendre. La deuxième DB est placée sous commandement américain, sous les ordres directs du général Leonard Gerow, qui commande le 5e corps. Et Gerow n’a reçu aucun ordre de marcher sur Paris. Aucun ordre du tout concernant Paris, parce qu’Eisenhower n’a pas changé d’avis.

Paris n’est toujours pas la priorité. Leclerc le sait. Et Leclerc ne peut pas y croire. Depuis Argentan, il sait ce qui se passe à Paris.

Il sait que des hommes et des femmes se battent dans les rues avec des fusils de chasse et des bouteilles d’essence. Il sait que les munitions s’épuisent. Il sait que si rien ne change, l’insurrection va s’effondrer, que les Allemands reprendront le dessus, et que les ordres de Hitler seront peut-être exécutés. Alors Leclerc fait quelque chose que son supérieur hiérarchique direct n’a pas autorisé.

Le 21 août au soir, excédé, il envoie vers Versailles un détachement léger. Une vingtaine d’engins blindés, cent cinquante hommes, commandés par le commandant de Guillebon. Mission officieuse : tâter les défenses allemandes, voir jusqu’où on peut aller. Mission réelle : forcer le destin.

Le général Gerow, quand il l’apprend, entre dans une rage froide. C’est une insubordination caractérisée. Leclerc a envoyé des troupes sans ordre, dans une direction non autorisée, vers un objectif que le commandement allié n’a pas validé. Gerow exige des explications.

Leclerc devra s’en justifier le lendemain devant le général Bradley, à Laval. Le 22 août, Leclerc se rend donc à Laval pour rencontrer le général Omar Bradley, commandant du 12e groupe d’armées américain. Bradley n’est pas là quand Leclerc arrive. Il est en conférence avec Eisenhower.

Leclerc attend. Et pendant qu’il attend, quelque chose d’imprévu se produit. Un homme arrive au quartier général américain. Un homme venu directement de Paris, à travers les lignes allemandes.

Il s’appelle Roger Cocteau, dit Gallois. C’est le chef d’état-major du colonel Rol-Tanguy, et il vient exposer officiellement aux Américains la situation catastrophique des insurgés parisiens. Les munitions sont presque épuisées. La résistance ne tiendra pas longtemps.

Si des troupes n’arrivent pas dans les prochains jours, Paris sera reprise par les Allemands. Leclerc écoute Gallois. Et quand Bradley arrive enfin en début de soirée, les deux hommes plaident ensemble leur cause. Bradley écoute.

Et Bradley, qui n’est pas Eisenhower mais qui a l’oreille d’Eisenhower, comprend quelque chose. Il comprend que la situation a changé. Que Paris n’est plus seulement un problème logistique. C’est une bombe à retardement politique et humaine.

Si l’insurrection échoue, si les Allemands massacrent des milliers de civils, si Paris brûle, les conséquences pour les Alliés seront considérables. Bradley repart voir Eisenhower. Et cette fois, le commandant suprême change d’avis. Dans la soirée du 22 août, l’ordre arrive.

La deuxième division blindée du général Leclerc est autorisée à marcher sur Paris, accompagnée par la 4e division d’infanterie américaine du général Barton en soutien. C’est la confirmation que Leclerc attendait. Mais il faut comprendre ce qui s’est passé. Sans la désobéissance du 21 août, sans le détachement envoyé sans ordre vers Versailles, sans la pression constante de Leclerc sur sa hiérarchie, sans l’intervention de De Gaulle, qui rappelait à Eisenhower une promesse faite à Alger en décembre 1943, celle que Paris serait libéré par une unité française, rien de tout cela n’aurait peut-être eu lieu.

Ce n’est pas un seul homme qui a convaincu Eisenhower. C’est une accumulation de pressions, de désobéissance calculée, d’urgence réelle et de politique que Leclerc a su transformer en levier. Le 23 août, à six heures du matin, la deuxième DB se met en marche. Quinze mille soldats, quatre mille véhicules, dans une course folle de deux cents kilomètres depuis les positions d’Argentan, sans soutien aérien allié, en contournant par le sud les positions allemandes à l’ouest de Paris.

À treize heures, l’avant-garde arrive à Rambouillet. Leclerc rédige son ordre du jour à dix-huit heures. Les objectifs sont clairs. Le groupement Billotte passe par Arpajon et Sceaux, traverse Paris, tient les ponts de la Marne.

Le groupement Langlade prend la direction de Toutevoie et du pont de Sèvres, puis la place de la Concorde. Le groupe Massu suit Billotte, nettoie Paris, pousse vers Pantin. Sur la route, quelque chose d’extraordinaire se produit. Les habitants des villes et des villages traversés sortent dans les rues.

Ils grimpent sur les chars. Ils apportent du vin, du pain, des fleurs. La rumeur court plus vite que les blindés : ce sont des Français. Des soldats de Leclerc.

Pour beaucoup de ces hommes qui combattent depuis l’Afrique, qui ont traversé le Sahara, qui ont marché de Brazzaville à Tunis, puis de Tunis à la Normandie, ce moment-là, ces visages, ces larmes, valent toutes les batailles du monde. Mais Leclerc ne peut pas se laisser arrêter. Chaque heure perdue, c’est une heure de plus pour Von Choltitz de recevoir des renforts ou d’exécuter les ordres de Berlin. Parlons maintenant de l’homme qui attend dans Paris.

Dietrich von Choltitz est nommé commandant du Grand Paris le 7 août 1944 par Hitler en personne. Ce n’est pas un choix innocent. Hitler a besoin d’un homme fiable, d’un homme qui a prouvé qu’il savait obéir, même quand les ordres sont brutaux. Von Choltitz a ce profil.

À Rotterdam, en 1940, il a participé au bombardement de la ville. À Sébastopol, en 1942, il s’est montré impitoyable. Ce n’est pas un général humaniste. Ce n’est pas un homme qui hésite devant les ordres.

Voilà pourquoi Hitler le choisit pour Paris. Les ordres sont explicites : si les Alliés s’approchent, détruire les ponts de la Seine, les monuments, les installations stratégiques. Transformer Paris en un champ de décombres qui immobilisera les forces alliées pendant des semaines. À la mi-août, Von Choltitz fait venir un bataillon de pionniers de la Luftwaffe pour commencer à miner les points stratégiques de la ville.

La tour Eiffel, les ponts, les centrales électriques, Notre-Dame, le Louvre. Tout ce qui fait Paris est potentiellement condamné. Mais voici ce qui se passe réellement. Von Choltitz dispose de seize à dix-sept mille soldats, pour la plupart des unités administratives, des blessés en convalescence, des hommes récupérés de formations dissoutes.

Il a environ quatre-vingts chars, dont certains datent de 1940, des prises de guerre obsolètes. Les renforts promis par le commandement allemand n’arrivent pas, ou arrivent au compte-gouttes. La division SS qui était censée renforcer la garnison parisienne est bloquée ailleurs. Et les rapports qui lui parviennent du front sont univoques : les Alliés avancent, et rien ne les arrêtera.

Von Choltitz comprend très vite quelque chose que beaucoup de généraux allemands comprennent trop tard en août 1944 : la guerre est perdue. Ce que Von Choltitz fera exactement avec cette compréhension fait débat chez les historiens depuis des décennies. Dans ses mémoires, écrites après la guerre, il se présente comme le sauveur de Paris, l’homme qui a refusé d’obéir à Hitler pour épargner la ville. Le film Paris brûle-t-il ?

, sorti en 1966, construit cette légende. Mais les historiens qui ont travaillé sur les archives sont plus nuancés. Ils notent que Von Choltitz n’avait probablement pas les moyens de détruire Paris, même s’il l’avait voulu. Que miner une ville entière prend du temps et du matériel qu’il n’avait pas.

Que ses calculs personnels jouaient un rôle. Sa famille était en Allemagne, et sa propre survie dépendait de ce qu’il ferait. Faire sauter Paris puis être capturé vivant par les Alliés n’était pas une perspective attrayante. Ce qui est certain, c’est qu’il ne donne pas l’ordre de détruire Paris.

Pas le 19 août quand l’insurrection commence. Pas le 20 quand elle s’étend. Pas le 21 quand Leclerc désobéit à Gerow. Pas le 22 quand Bradley repart convaincre Eisenhower.

Il tergiverse. Il négocie. Il accepte même une trêve avec la résistance, par l’intermédiaire du consul de Suède, Raoul Nordling. Une trêve qui ne sera pas vraiment respectée, mais qui achète du temps.

Ce que Von Choltitz fait ou ne fait pas dans ces jours-là n’est pas un acte héroïque. C’est un calcul. Mais ce calcul, quelle qu’en soit la raison, va dans le même sens que ce que Leclerc veut obtenir : du temps. Le 24 août au soir, un premier élément de la deuxième DB entre dans Paris.

C’est la 9e compagnie du régiment de marche du Tchad, surnommée La Nueve, parce qu’elle est composée en grande majorité de républicains espagnols qui ont fui Franco après la guerre civile. Quinze véhicules blindés portant des noms de batailles espagnoles — Guadalajara, Teruel — plus trois chars du 501e régiment de chars de combat. Le capitaine Dronne les commande. À vingt et une heures vingt-deux, ces hommes se postent devant l’hôtel de ville.

Les cloches de Paris commencent à sonner. Toutes les cloches, de Notre-Dame à la plus petite église de banlieue. C’est un signal. La ville comprend ce que ça veut dire avant même d’en voir la preuve.

Le 25 août au matin, les combats reprennent dans toute la ville. Les Allemands retranchés dans leurs bastions résistent. L’hôtel Meurice, le Luxembourg, le palais Bourbon, la Kommandantur place de l’Opéra. Les soldats de la deuxième DB combattent rue par rue, sans dormir depuis deux jours.

À dix heures, le colonel Billotte envoie un ultimatum à Von Choltitz par l’intermédiaire du consul Nordling : reddition immédiate, ou assaut. À midi, faute de réponse, l’assaut est donné. Les chars remontent la rue de Rivoli. Les soldats prennent d’assaut l’hôtel Meurice.

Von Choltitz est capturé. Les lieutenants Karcher et de la Horie l’emmènent, lui et ses officiers, à la préfecture de police. Dans la salle des billards de la préfecture, Von Choltitz s’assure qu’il est bien en présence de troupes régulières françaises. Pas de miliciens, pas de FFI en civil.

Il s’assure que sa reddition sera traitée selon les conventions militaires. Il signe la capitulation de la garnison allemande de Paris, rédigée en présence de Leclerc, de Chaban-Delmas, de Rol-Tanguy et du préfet de police Charles Luizet. Von Choltitz est ensuite conduit à la gare Montparnasse, où Leclerc a installé son poste de commandement. Là, il signe une vingtaine d’ordres de cesser le feu, destinés aux points d’appui allemands qui résistent encore dans la ville.

Quelques unités SS refusent de se rendre, menaçant de fusiller les officiers de la Wehrmacht qui leur transmettent l’ordre de capitulation. Des combats sporadiques continueront jusqu’au 28 août. Mais le 25 août 1944, à seize heures trente, Charles de Gaulle arrive à la gare Montparnasse. Leclerc lui remet l’acte de capitulation.

Paris est libéré. De Gaulle descend jusqu’à l’hôtel de ville, devant une foule immense. La cour intérieure déborde de Parisiens en larmes. Il prononce les mots qui resteront gravés pour toujours : « Paris outragé !

Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! »

Le lendemain, le 26 août, il descend les Champs-Élysées à pied, flanqué de Leclerc, sous les acclamations de centaines de milliers de personnes.

Des tireurs embusqués ouvrent le feu depuis les toits. Personne ne s’arrête. La procession continue. Voilà ce que Leclerc a accompli.

Une désobéissance le 21 août. Un détachement envoyé sans ordre vers Versailles. Une pression constante sur une hiérarchie réticente. Et cinq jours plus tard, Paris est libre.

Libre sans avoir été détruite. Libre sans que les ponts aient sauté, sans que Notre-Dame ait brûlé, sans que les rues aient été transformées en gravats. Six cent trente hommes de la deuxième DB sont morts pour ça. Cinq cents combattants FFI.

Plus de neuf cents civils. Côté allemand, quinze mille hommes hors de combat, dont trois mille deux cents tués. Ce bilan, aussi lourd soit-il, est infiniment plus léger que ce qu’une bataille urbaine totale aurait produit. Leclerc est nommé gouverneur militaire de Paris après la libération.

Il fait parader la deuxième DB aux côtés de De Gaulle. Puis il repart se battre. Il y a encore une guerre à finir. Il libère Strasbourg, l’Alsace, et atteint au bout du chemin le nid d’aigle de Hitler à Berchtesgaden en mai 1945.

Leclerc mourra le 28 novembre 1947 dans un accident d’avion au-dessus du Sahara, à quarante-quatre ans. Il sera fait maréchal de France à titre posthume en 1952. Son nom reste attaché pour toujours à une image : les chars de la deuxième DB remontant les Champs-Élysées sous une pluie de fleurs, dans Paris libéré. Quant à Von Choltitz, emprisonné comme prisonnier de guerre, il sera libéré en 1947.

Il vivra jusqu’en 1966 à Baden-Baden, en Allemagne, se présentant jusqu’à sa mort comme le sauveur de Paris. Les historiens continueront longtemps à débattre de ce qu’il a réellement fait, ou n’a pas fait. Ce qui est certain, c’est qu’il n’a pas exécuté les ordres de Hitler. Ce qui est certain aussi, c’est qu’il ne l’a pas fait seul.

La rapidité de l’avance de Leclerc, la pression des Alliés, l’insurrection des Parisiens : tout cela a contribué à rendre ses ordres inapplicables, autant qu’il a choisi de ne pas les appliquer. La réalité de ces six jours d’août 1944, du 19 au 25, n’est pas une histoire à un seul héros. C’est une histoire de convergence, de calculs qui se croisent, de désobéissances qui s’additionnent, côté français comme côté allemand. Mais il y a une chose que l’on peut dire avec certitude.

Sans Leclerc, sans son impatience, sans sa décision d’envoyer Guillebon vers Versailles avant d’en avoir le droit, sans sa présence obstinée aux portes de Bradley et d’Eisenhower, Paris aurait peut-être attendu encore. Et dans ce délai, beaucoup de choses pouvaient se produire. Y compris les pires. Ce n’est pas une désobéissance romantique ou impulsive que Leclerc a commise.

C’est une désobéissance calculée, raisonnée, fondée sur une conviction absolue : chaque heure perdue mettait des vies en danger. Et cette conviction, il l’a transformée en acte. Puis en victoire.