Le 8 mai 1945, à minuit, je me tenais face au maréchal Keitel dans la salle de la capitulation à Berlin. Il venait de signer la reddition de l’Allemagne nazie, mais avant de poser le stylo, il a…

Le 8 mai 1945, à minuit, je me tenais face au maréchal Keitel dans la salle de la capitulation à Berlin. Il venait de signer la reddition de l'Allemagne nazie, mais avant de poser le stylo, il a...

La salle était bondée quand il entra. Le maréchal Wilhelm Keitel, chef du Haut Commandement de la Wehrmacht, s’arrêta net au milieu des drapeaux alliés. Ses yeux balayèrent la pièce, s’attardèrent sur chaque bannière accrochée aux murs de l’ancienne école militaire de Berlin-Karlshorst, et soudain, il se figea. Entre la bannière étoilée américaine et l’Union Jack britannique, quelque chose d’inattendu attira son regard.

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Une phrase lui échappa, une seule, qui allait traverser les décennies. Quelques mots murmurés avec un mélange de stupéfaction et de dédain, prononcés devant les vainqueurs réunis pour recevoir la capitulation sans conditions de l’Allemagne nazie, dans la nuit du 8 au 9 mai 1945. Pour comprendre ce qui s’est joué dans cette pièce, il faut d’abord comprendre l’homme qui venait d’y pénétrer. Wilhelm Keitel était né le 22 septembre 1882 dans un petit village du duché de Brunswick, fils d’un propriétaire terrien de Basse-Saxe.

Son père voulait qu’il reprenne les terres familiales, mais le jeune homme avait choisi une autre voie. En 1901, il s’engagea comme cadet dans l’armée prussienne, non dans la cavalerie réservée aux nobles, mais dans un régiment d’artillerie de campagne. Soldat sérieux, appliqué, méthodique, il n’était ni un génie tactique ni un visionnaire. C’était un homme qui savait obéir, et c’est précisément parce qu’il ne contestait jamais les ordres venus d’en haut qu’il gravit les échelons un à un.

La Première Guerre mondiale le vit servir sur le front occidental, puis dans des postes d’état-major. Il en sortit capitaine, avec la réputation d’un travailleur consciencieux. Rien d’extraordinaire, un officier parmi d’autres. Tout changea en 1935, quand Hitler le nomma à la tête du bureau des forces armées au ministère de la Guerre du Reich.

Keitel avait alors cinquante-trois ans. En 1938, lorsque le Führer démantela le ministère et créa l’OKW, le Haut Commandement suprême des forces armées, Keitel en devint le chef. Il fut promu Generalfeldmarschall en 1940, récompensé après la défaite de la France. Dans les réunions du quartier général du Führer, il approuvait, validait, contresignait.

Ses collègues officiers ne l’appelaient pas par son nom. Ils l’appelaient « LaKeitel », un jeu de mots cruel sur « Lakai », le laquais. L’homme de paille d’Hitler, le militaire sans colonne vertébrale. Keitel ne s’en formalisait pas.

Il croyait sincèrement que son devoir était d’obéir, que la loyauté envers Hitler était une obligation sacrée. C’est cette conviction, ou cette lâcheté selon le point de vue, qui le conduisit directement dans la salle de Berlin-Karlshorst, le soir du 8 mai 1945. Pour saisir l’ampleur de ce qui se jouait ce soir-là, il faut revenir quelques jours en arrière. Le 30 avril 1945, Adolf Hitler s’était suicidé dans son bunker sous les décombres de Berlin.

La capitale du Reich était tombée aux mains de l’Armée rouge le 2 mai. Le grand amiral Karl Dönitz, désigné successeur du Führer, avait tenté de négocier une reddition séparée avec les Occidentaux, une capitulation qui aurait permis aux armées allemandes de continuer à se battre à l’Est contre les Soviétiques tout en se rendant à l’Ouest. Eisenhower refusa catégoriquement. La capitulation serait totale, sans conditions, devant tous les Alliés.

Le 7 mai 1945, à 2 h 41 du matin, le général Alfred Jodl signa l’acte de capitulation au quartier général d’Eisenhower à Reims, dans une salle du lycée technique que les Américains utilisaient comme poste de commandement. La guerre en Europe était officiellement terminée. Mais Staline n’était pas satisfait. Pour le chef soviétique, signer à Reims, dans la zone occidentale, minimisait le rôle décisif de l’Union soviétique dans la victoire.

Les Soviétiques avaient perdu vingt millions de personnes dans ce conflit. Ils avaient absorbé environ quatre-vingts pour cent de l’effort de guerre nazi. Staline exigea une deuxième signature à Berlin, au cœur du Reich vaincu, dans la zone soviétique. Cette deuxième cérémonie aurait lieu le lendemain soir, le 8 mai 1945, à Karlshorst.

C’est là que le général Jean de Lattre de Tassigny entre en scène, et que la France faillit rater le rendez-vous avec l’histoire. De Lattre était le commandant en chef de la Première Armée française, cinquante-six ans, moustache nette, caractère de feu. De Gaulle l’avait mandaté pour représenter la France à cette cérémonie. Mais quand son avion atterrit à Berlin le 8 mai dans l’après-midi, personne ne l’attendait.

Aucun officier soviétique ne vint l’accueillir sur le tarmac. Pour les Russes, et pour bon nombre d’Alliés, la France avait perdu la guerre en juin 1940. Elle n’avait pas sa place à cette table. De Lattre pensait exactement le contraire.

La France libre avait combattu depuis 1940. La Première Armée française avait franchi le Rhin en mars 1945. Des soldats français avaient versé leur sang sur tous les théâtres d’opération, de l’Afrique du Nord à la Provence, des Vosges à l’Allemagne. C’est grâce à sa ténacité diplomatique, et à la décision de Staline de se servir de la question française pour créer des frictions entre les Occidentaux, que Joukov finit par introduire de Lattre dans la salle de conférence.

Mais il restait un problème. Un problème concret, absurde, et parfaitement symbolique de la situation de la France en ce soir de mai 1945. Il n’y avait pas de drapeau français dans la salle. Les quatre emplacements prévus avaient été installés, soviétique, britannique, américain, et le quatrième.

Mais le tricolore manquait. De Lattre l’exigea. Un officier britannique leva les yeux au ciel et lança avec ce sens de l’humour pince-sans-rire si caractéristique :

— Et pourquoi pas le drapeau chinois, tant qu’on y est ? Joukov, pragmatique, trancha :

— On va en fabriquer un.

Des soldats soviétiques fouillèrent les réserves de l’école militaire et trouvèrent des chutes de tissu. Du bleu, du blanc, du rouge. Ils cousurent à la hâte un drapeau tricolore de fortune, assemblé à partir de chiffons de hasard. Ce n’était pas un drapeau de cérémonie.

C’était un bricolage. Mais il était là, accroché entre les deux grandes bannières alliées, quand les délégations entrèrent dans la salle aux alentours de minuit. Et c’est ce drapeau, ce rectangle de tissu cousu dans l’urgence, que le maréchal Keitel aperçut en entrant. Il pénétra dans la salle avec une mise en scène calculée.

Il portait son uniforme le plus soigné, sa baguette de maréchal dans la main droite, son monocle à l’œil. Un officier allemand s’appliquait à entrer la tête haute, même dans la capitulation. Joukov était assis à la table de présidence. À sa gauche, le maréchal de l’air Tedder, représentant Eisenhower.

Comme témoins, le général américain Spaatz et le général français de Lattre de Tassigny. Keitel s’arrêta. Son regard balaya la salle. Il vit les drapeaux.

Il vit le tricolore, ce carré de tissu cousu à la va-vite qui n’avait pas existé deux heures auparavant. Il vit de Lattre. Et alors, devant tout le monde, il laissa échapper ces quelques mots qui deviendront historiques :

— Ah, il y a aussi des Français. Il ne manquait plus que cela.

Il ne hurla pas. Il ne postillonna pas. C’était presque un murmure, mêlé de stupéfaction et de dédain. Comme si la présence française à Berlin, en ce soir de mai 1945, était une absurdité de plus dans un monde qui avait basculé dans l’absurde depuis bien longtemps.

De Lattre se tint droit, immobile, face à Keitel. Il ne répondit pas. Il n’avait pas à répondre. Ce soir, c’était lui qui avait un stylo dans la main, emprunté à son chef d’état-major, le colonel Dez, parce que lui-même n’en avait pas.

Et c’était lui qui allait signer. Keitel, lui, allait signer pour la défaite totale et sans conditions de l’Allemagne. Il ôta son gant droit, s’assit à la table qu’on lui avait désignée, prit le stylo. Pendant un bon quart d’heure, il signa page après page.

Les textes de capitulation étaient longs, ils comportaient plusieurs protocoles. Le maréchal Joukov le décrivit dans ses mémoires. Keitel se leva rapidement, jetant un regard hostile vers la présidence, puis baissa les yeux, prit lentement son bâton de maréchal. Son monocle tomba et se balança au bout de sa cordelette.

Son visage se couvrit de taches rouges. Le grand soldat était en train de signer la mort de tout ce à quoi il avait dévoué sa vie. Une fois les signatures apposées, Joukov se leva et lança sèchement :

— La délégation allemande peut quitter la salle. Keitel sortit.

La porte se referma. Dehors, dans les rues de Berlin en ruine, l’Armée rouge tirait des salves de victoire. La guerre était finie. Mais pour Keitel, tout n’était pas fini.

Loin de là. Les semaines qui suivirent furent celles d’un effondrement. Keitel fut arrêté le 13 mai 1945 à Flensburg, dans le Schleswig-Holstein, avec Dönitz et le reste du gouvernement fantôme qui avait survécu quelques jours à Hitler. Les Alliés le transférèrent à Nuremberg, où s’ouvrit le 20 novembre 1945 le plus grand procès de l’histoire.

Vingt-quatre dirigeants nazis furent mis en accusation devant le tribunal militaire international. Keitel était parmi eux. Les chefs d’accusation étaient au nombre de quatre : complot pour crimes contre la paix, planification et déclenchement de guerres d’agression, crimes de guerre, crimes contre l’humanité. Les procureurs sortirent les archives.

Et les archives étaient accablantes. Keitel avait signé. Il avait signé énormément. Le décret « Nuit et brouillard » de décembre 1941, qui ordonnait de faire disparaître dans la nuit et le brouillard les résistants des territoires occupés, déportés sans laisser de trace, sans que leur famille sache jamais ce qu’il leur était advenu.

L’ordre du 6 juin 1941, donnant instruction aux troupes de ne pas faire de prisonniers parmi les commissaires politiques soviétiques, de les exécuter sur-le-champ. Des ordres permettant l’exécution de civils comme représailles, exemptant les soldats de tout risque de poursuite. Ses collègues militaires allemands eux-mêmes avaient tenté de faire amender ses directives, arguant qu’elles violaient le droit international et les conventions de Genève. Keitel les avait repoussés.

Il avait même écrit en marge d’une note sur le traitement des prisonniers soviétiques :

« Ces doutes correspondent aux idées militaires sur les guerres de chevalerie. Notre mission est de supprimer un mode de vie. »

Devant le tribunal, la défense de Keitel tenait en quelques mots. Il obéissait aux ordres.

Il suivait le Führerprinzip, le principe du chef, pilier idéologique du régime nazi, selon lequel la volonté du Führer était la loi suprême. Il avait prêté serment à Hitler. Il ne pouvait pas désobéir. Les juges écoutèrent.

Puis ils rejetèrent cet argument avec une clarté que les historiens citent encore aujourd’hui. Le jugement était formel. Les ordres des supérieurs, même à un soldat, ne pouvaient être considérés comme circonstances atténuantes lorsque des crimes aussi choquants et étendus avaient été commis consciemment, sans remords et sans justification militaire. Keitel fut reconnu coupable sur les quatre chefs d’accusation.

La sentence tomba le 1er octobre 1946 : mort par pendaison. Keitel fit une demande, une seule. Il demanda à être fusillé, à mourir comme un soldat, pas comme un criminel de droit commun. Les Alliés refusèrent.

La pendaison, c’était précisément pour souligner que ces crimes n’avaient rien de militaire. Ils étaient criminels. Le 16 octobre 1946, à Nuremberg, dans le gymnase de la prison, les condamnés furent exécutés l’un après l’autre. Dix hommes montèrent à la potence.

Keitel était l’un d’eux. Il monta les marches, regarda devant lui, prononça ses dernières paroles :

— Je demande à Dieu tout-puissant d’avoir pitié du peuple allemand. Plus de deux millions de soldats allemands sont morts pour la patrie avant moi. Je suis maintenant prêt à suivre mes fils.

Le bourreau, un certain John C. Woods, était notoirement incompétent. Plusieurs condamnés agonisèrent de longues minutes. Keitel attendit vingt-huit minutes au bout de sa corde avant d’expirer.

Une mort lente, atroce, indigne. La même indignité qu’il avait contribué à infliger à des centaines de milliers d’autres. Ses cendres, comme celles des autres condamnés, furent déposées dans des cercueils numérotés, avec des étiquettes portant leur nom. Puis elles furent incinérées à Dachau et dispersées dans la rivière Isar.

Il n’y a pas de tombe pour Wilhelm Keitel. Pas de stèle. Pas de lieu de mémoire. Revenons à cette phrase.

« Ah, il y a aussi des Français. Il ne manquait plus que cela. »

Qu’est-ce qu’elle révèle au fond ? Elle révèle la profondeur du mépris nazi pour la France.

Un mépris qui s’était construit sur la défaite de juin 1940, sur l’armistice, sur la vision d’un pays qui avait abdiqué. Mais elle révèle aussi autre chose. La stupéfaction sincère de Keitel. Il ne s’attendait pas à voir la France à cette table.

Dans sa vision du monde, dans la logique du Reich qui s’effondrait, la France était une nation vaincue, une puissance de second rang, un pays dont on n’avait pas à tenir compte. Et voilà qu’elle était là. Avec son drapeau cousu à la va-vite. Avec son général qui n’avait même pas de stylo pour signer.

Mais qui était là. Et c’est précisément cette présence, arrachée de haute lutte par de Lattre, permise par les calculs de Staline, voulue avec une obstination farouche par de Gaulle, qui allait faire toute la différence pour la France dans les décennies à venir. Car cette nuit du 8 mai 1945 n’était pas seulement la fin d’une guerre. C’était la fondation d’une position internationale.

La France allait obtenir une zone d’occupation en Allemagne. Elle allait siéger au Conseil de contrôle allié. Et surtout, elle allait avoir un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, avec droit de veto. Un siège qu’elle occupe encore aujourd’hui, plus de quatre-vingts ans après cette nuit berlinoise.

La phrase de Keitel n’est donc pas seulement une anecdote. C’est le dernier ricanement d’un monde qui mourait, face à une réalité qu’il n’avait pas voulu voir. La France était là malgré tout. Malgré 1940.

Malgré les trahisons et les défaites. Malgré les drapeaux cousus dans l’urgence et les stylos empruntés. Elle était là. Et Keitel, lui, allait payer pour tout ce qu’il avait fait.

Ou plutôt pour tout ce qu’il avait laissé faire, signé, avalisé, couvert de son autorité. Sa défense, « je n’étais qu’un exécutant », est précisément ce que le tribunal de Nuremberg a rendu universellement inadmissible. Obéir aux ordres n’est pas une excuse lorsque ces ordres conduisent à des crimes contre l’humanité. C’est le principe de Nuremberg, inscrit dans le droit international, qui s’applique encore aujourd’hui.

Ce principe, c’est en partie à cause de Keitel qu’il existe. Et c’est l’ironie définitive de sa vie. Le militaire qui croyait que l’obéissance absolue était une vertu est devenu l’un des arguments les plus solides en faveur du devoir de désobéissance face à l’injustice. De Lattre de Tassigny, lui, est rentré en France comme un héros.

En 1952, à sa mort, de Gaulle lui accorda à titre posthume la dignité de maréchal de France. Son nom est gravé sur des plaques commémoratives, des avenues, des lycées. Il repose aux Invalides, à Paris, à quelques mètres du tombeau de Napoléon. Les deux hommes qui se sont croisés dans cette salle de Karlshorst ont eu des destins radicalement différents.

L’un a signé la capitulation et a terminé au bout d’une corde, sans sépulture. L’autre a signé comme témoin avec un stylo emprunté et est devenu maréchal de France. L’histoire ne manque pas d’humour lorsqu’elle distribue ses verdicts. Il faut aussi parler de ce banquet, parce que même dans la victoire, de Lattre n’eut pas la vie facile.

Après la signature, Joukov avait prévu un dîner de deux cents couverts. La fête des vainqueurs, les discours, les toasts, les accolades. Et là, nouvelle humiliation. Joukov commença à lever des toasts à la victoire soviétique, à Churchill, à Roosevelt, à Truman, en oubliant systématiquement de mentionner la France.

De Lattre repoussa son couvert. Il manifesta à voix haute son mécontentement. Joukov, cette fois-ci bon enfant, se ravisa et leva un toast à la gloire de l’armée française. C’est le deuxième tricolore de la soirée.

Celui de la dignité retrouvée, exigé pied à pied au milieu des ruines de Berlin. Cette obstination de de Lattre, agaçante pour certains, incompréhensible pour d’autres, n’était pas du nationalisme étroit. C’était la conscience aiguë que les symboles comptent, que les présences comptent. Que si la France acceptait de disparaître de l’image en ce soir du 8 mai 1945, elle disparaîtrait aussi de la table des négociations qui allait remodeler le monde pour les décennies suivantes.

Il avait raison. Et c’est pour cela que nous commémorons encore le 8 mai en France chaque année, avec la flamme de la tombe du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe. Une dernière chose mérite d’être dite, et elle concerne directement ce que vous venez d’entendre. L’histoire de Keitel et du drapeau français est souvent racontée comme une anecdote légère.

La petite phrase cinglante. Le mauvais perdant et son monocle qui tombe. Mais derrière cette scène de théâtre se cachent des millions de morts, des années de souffrance, et une question qui ne cesse de résonner. Comment un homme ordinaire, issu d’une famille honnête, peut-il devenir l’instrument d’une machine à tuer industrielle ?

Keitel n’était pas fou. Il n’était pas sadique. Il aimait sa femme, Lisa, qu’il avait épousée en 1909. Il aimait la campagne, la chasse, l’équitation.

Et pourtant, il a signé des ordres qui ont envoyé des centaines de milliers d’hommes dans des fosses communes. La réponse est peut-être la plus effrayante de toutes. Il a simplement cessé de penser. Il a remplacé sa conscience par une loyauté aveugle.

Et le monde a failli s’y perdre tout entier.